L’Administration américaine a annoncé jeudi qu’un affaiblissement des forces yougoslaves visant à les rendre vulnérables à une contre-offensive de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) constituait un des volets de la stratégie poursuivie par l’Otan en Yougoslavie. Cette approche des séparatistes armés du Kosovo, apparemment nouvelle, se distingue de la position jusque-là affichée par les États-Unis. Washington avait soutenu la clause de Rambouillet sur le désarmement de l’armée clandestine et affirmé que l’Otan ne se comporterait pas en «armée de l’air de l’UCK». Mais le secrétaire à la Défense, William Cohen, qui était entendu jeudi par la commission sénatoriale des forces armées, a indiqué qu’une partie des objectifs de la campagne aérienne de l’Otan était de «dégrader» les forces du président yougoslave Slobodan Milosevic pour l’amener à redouter une offensive de l’UCK. «Il va se trouver confronté à une UCK renaissante», a-t-il avancé. William Cohen a toutefois rejeté les appels émanant de plusieurs sénateurs qui réclament que l’Otan arme les séparatistes. Lundi, s’entretenant à Bruxelles avec le porte-parole de l’UCK, Jakup Krasniqi, la secrétaire d’État américaine Madeleine Albright avait opposé une fin de non-recevoir à ses demandes d’approvisionnement en armes. Le chef du Pentagone a indiqué que les informations recueillies par les services de renseignements faisaient état de lourdes pertes dans les rangs séparatistes. L’UCK aurait perdu plusieurs centaines de combattants dans l’offensive lancée au sol par les forces yougoslaves après le déclenchement de l’opération Force alliée, le 24 mars dernier. Les bombardements de l’artillerie yougoslave par-dessus la frontière albanaise ont également fait des victimes dans les bases arrières de l’armée clandestine. Mais, selon William Cohen, la «radicalisation» de nombreux réfugiés kosovars face à la brutalité de l’offensive serbe profite parallèlement à l’UCK en renforçant ses effectifs. «Milosevic va se trouver face à une force de guérilla qui, à terme, vaincra son armée», a-t-il assuré. «Je conviens que les combattants de l’UCK ne sont pas des enfants de chœur. Certains de ses membres sont dangereux, se sont livrés à des atrocités», a-t-il dit en réponse aux critiques portant sur le comportement radical de l’armée clandestine du Kosovo. Mais, a poursuivi Cohen, il n’existe «aucune équivalence morale» entre les exactions commises par le passé par les combattants de l’UCK et les opérations de «nettoyage ethnique» menées par quelque 40 000 soldats yougoslaves qui ont jeté plusieurs centaines de milliers de Kosovars sur les routes en trois semaines. Par ailleurs, un des représentants politiques de l’UCK, Bardhyl Mahmuti, a affirmé hier que l’Armée de libération du Kosovo a besoin d’armes pour lutter, car les frappes aériennes de l’Otan ne suffiront pas contre le régime de Belgrade. «Nous avons besoin d’armes, surtout contre les chars», explique-t-il dans un entretien publié dans le quotidien français La Croix. «Les frappes de l’Otan ont détruit des cibles importantes, mais il est illusoire de penser qu’elles pourront provoquer l’effondrement du régime de Milosevic», ajoute-t-il. Bardhyl Mahmuti, 39 ans, est l’un des six représentants politiques désigné par l’UCK en 1998. Il vit en Suisse. Il a été reçu mercredi à Paris avec un autre membre de l’UCK, Jakup Krasniqi, par un «haut fonctionnaire» du ministère des Affaires étrangères. Les deux hommes ont demandé une aide en matériel et armes. Le Quai d’Orsay s’est refusé à tout commentaire sur ce sujet. «Nous ne voulons pas d’armes lourdes qui pourraient laisser croire que nous nous prêtons à une opération de déstabilisation de la région», a assuré Bardhyl Mahmuti. «Dès le début des frappes, notre état-major a donné l’ordre d’éviter les confrontations avec les forces serbes. Nous ne voulions pas donner l’impression que nous profitions des bombardements pour regagner du terrain», a-t-il assuré. «Je crois que le comportement de Rugova lui coûtera cher pour son avenir politique. Il y a des moments où on ne peut pas reculer. Rugova, qui prétend être le président d’un peuple massacré, déporté, aurait dû se comporter dignement», affirme-t-il.
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