Diabolisé, accusé de génocide, le président yougoslave Slobodan Milosevic apparaît de plus en plus infréquentable, mais il demeure en même temps un acteur incontournable pour une solution négociée à la guerre au Kosovo. Les responsables occidentaux ne peuvent échapper à cette question de plus en plus pressante : pourra-t-on signer un accord avec le président yougoslave après l’avoir accusé de crimes contre l’humanité et comparé aux pires dictateurs du siècle ? «D’un point de vue personnel, je crois que ce serait pour moi très difficile de rencontrer Milosevic. Mais nous devrons probablement le rencontrer pour arrêter l’emploi de la force», a déclaré sur une radio française le secrétaire général de l’Otan Javier Solana, résumant le dilemme des Occidentaux. Les Occidentaux continuent à privilégier une issue négociée à leur guerre aérienne, même s’ils se posent de plus en plus la question de l’abandon d’une telle option, a-t-on indiqué de source diplomatique. Dans ce dernier cas, un règlement de la crise ne serait pas négocié avec M. Milosevic, mais il lui serait imposé avec le risque pour les alliés d’être entraînés dans une intervention terrestre, dont ils rejettent pour l’instant le principe. «Aucun gouvernement n’a franchi la ligne au-delà de laquelle on dit qu’il (Milosevic) n’est plus un interlocuteur», a expliqué un responsable français, sous couvert de l’anonymat. «Lorsqu’on évoque la notion de génocide, on franchit une ligne au-delà de laquelle on ne peut plus parler», a-t-il ajouté. Américains et Allemands n’ont pas hésité à employer ce langage qui, en Europe, rappelle inévitablement la Deuxième Guerre mondiale et la solution finale. Le secrétaire américain à la Défense William Cohen, le chancelier allemand Gerhard Schröeder et son ministre de la Défense Rudolf Scharping se sont, à plusieurs reprises, référés à ces concepts. L’Otan mène «un combat pour la justice contre le génocide, pour l’humanité contre l’inhumanité, pour la démocratie contre le despotisme, pour la liberté contre la peur et pour un avenir d’espoir contre un passé de haines», a expliqué Wiliam Cohen. En France, le président Jacques Chirac, le Premier ministre Lionel Jospin et le ministre de Affaires étrangères Hubert Védrine sont convenus de s’abstenir de l’usage de cette rhétorique, même s’ils ont nettement durci le ton à l’égard de M. Milosevic, a-t-on indiqué de source diplomatique. Si elles optent pour une issue négociée avec M. Molosevic, les démocraties occidentales devront rendre des comptes à leurs opinions publiques, révulsées par les images télévisées des déplacements massifs de populations kosovares. Les opinions auraient de la peine à comprendre le décalage entre une telle démarche et le discours de leurs dirigeants pendant la guerre contre M. Milosevic. «Un jour, son peuple se retournera contre lui», a avancé le Premier ministre français Lionel Jospin. Les Occidentaux savent cependant très bien qu’il y a fort peu de chances pour que M. Milosevic perde le pouvoir à brève échéance. Il a muselé son opposition, et les bombardements de l’Otan semblent avoir provoqué un réflexe de solidarité et d’union nationale. Les membres de l’Otan continuent à s’adresser à lui. C’est au président yougoslave qu’ils viennent de formuler les cinq conditions qui permettraient un arrêt des frappes aériennes et une éventuelle reprise du dialogue.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Diabolisé, accusé de génocide, le président yougoslave Slobodan Milosevic apparaît de plus en plus infréquentable, mais il demeure en même temps un acteur incontournable pour une solution négociée à la guerre au Kosovo. Les responsables occidentaux ne peuvent échapper à cette question de plus en plus pressante : pourra-t-on signer un accord avec le président yougoslave après l’avoir accusé de crimes contre l’humanité et comparé aux pires dictateurs du siècle ? «D’un point de vue personnel, je crois que ce serait pour moi très difficile de rencontrer Milosevic. Mais nous devrons probablement le rencontrer pour arrêter l’emploi de la force», a déclaré sur une radio française le secrétaire général de l’Otan Javier Solana, résumant le dilemme des Occidentaux. Les Occidentaux continuent à privilégier...