L’équipe Mapei a signé un nouveau triplé dans Paris-Roubaix, la «reine des classiques» qui a été enlevée dimanche par le champion d’Italie Andrea Tafi, le plus fort du jour. Dans la grande plaine du Nord, si différente des vallonnements ondoyants de sa Toscane natale, Tafi a vécu son jour de grâce. Une course dure par temps sec, une maîtrise parfaite de la course par son équipe et le champion d’Italie, âgé de 32 ans, a enfin accédé à la plus haute marche du podium, lui qui avait terminé troisième en 1996 et deuxième l’an passé derrière son compatriote Franco Ballerini, à l’occasion de deux autres éditions confisquées par la toute- puissante Mapei qui a fait de la «reine des classiques» son domaine privé. «Après le départ de Ballerini et l’accident de Museeuw, on disait que nous ne pourrions plus dominer comme avant. On a démontré le contraire», a savouré Patrick Lefevere, directeur sportif comblé par ses coureurs. Du champion de Belgique Tom Steels, membre actif de la première échappée lancée bien avant les premiers pavés, à son compatriote Wilfried Peeters, le plus dévoué des équipiers qui a gagné une place sur le podium (2e) par rapport à l’année dernière, le groupe italien a accompli un parcours parfait, sans la moindre faute au long d’une course limpide de 273 kilomètres. La tranchée d’Arenberg, empruntée en sens contraire à l’habitude, a délivré cette fois un verdict sans le moindre appel. C’est dans ce secteur ensoleillé, qui n’a offert aucune échappatoire sur les bas-côtés, que plusieurs favoris ont abandonné toute chance. Franco Ballerini, mais également le Belge Andrei Tchmil, sont sortis de Wallers, près des mines de Germinal, avec une trentaine de secondes de retard sur le premier groupe du peloton. Vandenbroucke épatant Le retard s’est révélé insurmontable pour Ballerini, dont les hommes (Dierckxsens surtout) se sont dépensés en vain. Tchmil, coincé par la présence de son coéquipier, le Belge Jo Planckaert à l’avant, a vite compris qu’une équipe écrasait la course quand il a vu dans son sillage le Belge Johan Museeuw et l’Italien Stefano Zanini tout prêts à le contrer. Seule, la formation néerlandaise TVM a tenu le choc... jusqu’à 40 kilomètres de l’arrivée. Tafi, pourtant retardé par une crevaison, a porté ensuite l’attaque décisive alors qu’il venait à peine de recoller au groupe de tête en compagnie du Belge Frank Vandenbroucke, auteur d’épatants débuts sur les pavés du Nord avant de prendre la septième place à l’arrivée. Posé comme à son habitude très en arrière sur le vélo, Tafi a démarré à 37 kilomètres de l’arrivée sur la longue zone bitumée qui longe les deux symboles de grande vitesse que sont la ligne TGV et les avions de l’aéroport de Lille-Lesquin, en contraste complet avec l’anachronisme de Paris-Roubaix. Ses anciens compagnons se sont vite résignés, à la seule exception du champion des États-Unis George Hincapie, qui a produit toutefois trop d’efforts désordonnés pour accrocher une place sur le podium (4e). Peeters, en démarrant au dernier kilomètre, et Steels, en enlevant logiquement le sprint pour la troisième place, ont manœuvré comme à la parade. En se disant sans doute que leur tour viendrait puisque Mapei s’est imposé pour la quatrième fois en cinq ans dans l’Enfer. «L’an prochain, ce sera peut-être mon tour», avait déclaré Tafi après la victoire de Ballerini. Douze mois plus tard, l’espoir de ce coureur de grand gabarit (1,87 m), un turbo-diesel selon l’appréciation d’Aldo Sassi qui dirige l’entraînement de l’équipe Mapei, s’est réalisé en une journée clémente pour la météo, mais fatale aux coureurs français. Le premier d’entre eux, Emmanuel Magnien, s’est classé... vingt-sixième. Déclarations Wilfried Peeters (Bel/Mapei, 2e) : «Aujourd’hui, j’avais des jambes pour gagner. J’ai attaqué et Tafi m’a rejoint. Paris-Roubaix est une course de résistance, où on se bonifie d’année en année, comme le bon vin. Avec le vent, c’était encore plus dur que l’an dernier». Tom Steels (Bel/Mapei, 3e) : «J’étais dans les premiers attaquants de la journée, avec la volonté d’être encore compétitif sur la fin. La lutte pour la 3e place ne réunissait que des pistards. C’est exceptionnel et c’est pourquoi nous sommes montés très haut sur la piste. Cette année, au sein de l’équipe, c’était Tafi l’homme de tête». Andrei Tchmil (Bel - Lotto, 8e) : «Plusieurs fois, j’ai essayé de relancer la course. Quand nous sommes revenus à dix secondes, j’ai cru que c’était bon. Mais les Mapei ont bloqué la poursuite. J’avais tout le temps ou Zanini ou Museeuw dans la roue. J’ai attendu le passage du carrefour de l’Arbre pour sortir et ainsi marquer des points pour la Coupe du monde. Ma condition physique est irréprochable, mais aujourd’hui il y avait une équipe au-dessus». Franco Ballerini (Ita, Lampre 11e - vainqueur en 1995 et 1998) : «J’ai fait deux gros efforts sur les pavés pour annuler une minute de retard sur le groupe Tafi et Vandenbroucke. Mais, quand il n’y avait plus qu’une dizaine de secondes pour rentrer, les autres favoris sont restés dans ma roue. Je ne comprends pas cette attitude. Je ne peux rien reprocher à mon équipe. Quant à Tafi, il a mérité son succès. Il était temps qu’il gagne». Franck Vandenbroucke (Bel, Cofidis - 7e) : «J’ai souffert de crampes à l’estomac dans les vingt derniers kilomètres et j’ai eu du mal sur les derniers secteurs pavés. Toute la journée, j’ai été à l’avant. Avant de courir Paris-Roubaix, j’étais déjà amoureux de cette course. Maintenant, ça devrait tourner à l’histoire d’amour. Je dois admettre la supériorité de Tafi. Quand il est parti, il roulait cinq kilomètres à l’heure plus vite que nous. je n’avais pas encore mes problèmes digestifs. Aujourd’hui, il aurait fallu un super homme pour précéder Tafi, très fort et qui bénéficiait en outre du soutien de la meilleure équipe». Emmanuel Magnien (Fra, Française des Jeux - 26e et premier Français) : «Je ne pouvais pas faire mieux. Il était important de finir et je n’ai pas de regret. C’était sec, même s’il y avait de la boue par endroits, ce qui a occasionné beaucoup d’à-coups. Mais la pluie ne m’aurait pas dérangé. De toute façon, Paris-Roubaix, c’est toujours dur». Christophe Mengin (Fra, Française des Jeux) : «Aujourd’hui, j’ai dû faire quatre poursuites, car j’ai été victime d’une chute dans le cinquième secteur pavé. Ensuite, j’ai crevé deux fois. Par trois fois, j’ai réussi à revenir. Mais la quatrième a été de trop. Je ne peux même pas dire que je suis déçu, car c’est aussi ça Paris-Roubaix». La reine des classiques Victoire magistrale de Tafi, domination écrasante de Mapei, défaite cinglante des Français. Autant de faits marquants de Paris-Roubaix, la «reine des classiques», qui suscitent des commentaires divers.Que vaut réellement Andrea Tafi ? Ses résultats plaident en faveur du Toscan. S’il est entré dans le peloton par la petite porte voici dix ans, dans la modeste équipe Eurocar, il est devenu un des hommes forts du peloton des années 1990 sous le maillot Mapei. Aldo Sassi, l’entraîneur de sa formation, l’a comparé à un turbo-diesel. S’il n’est pas de type explosif, au démarrage sec, l’Italien possède un pouvoir d’accélération redoutable, par sa grande puissance et sa capacité à tirer longtemps de grands braquets. Après avoir été cantonné au rôle d’équipier de luxe, à l’abattage impressionnant, Tafi a réussi sa transformation en leader d’équipe, aussi efficace sur les pavés qu’en terrain plat ou vallonné. Pourquoi l’équipe Mapei domine-t-elle Paris-Roubaix chaque année ? La domination de l’équipe Mapei, qui a confisqué le podium pour la troisième fois en quatre ans (1996, 1998, 1999), a provoqué des commentaires tantôt louangeurs, tantôt ambigus, assortis de sous-entendus. «C’est difficile à avaler», a estimé au micro de France-Info Frédéric Moncassin, un des meilleurs spécialistes français des pavés. «Ils sont super forts. Quand on voit que leur directeur sportif a annoncé il y a trois jours Tafi vainqueur... La vie comme cela, c’est super. Bravo l’entraîneur !» . Loin de le suivre, son ancien coéquipier Gilbert Duclos-Lassalle, double vainqueur de l’épreuve, a préfèré souligner que Mapei a fait de Paris-Roubaix «sa» course : «Comme pour nous, à l’époque de GAN, l’équipe y pense longtemps à l’avance. Tous sont concernés et la spirale du succès joue à plein. Je ne serais pas étonné que, l’an prochain, ce soit le tour de Wilfried Peeters (3e en 1998, 2 e en 1999) de gagner». Les modifications de parcours ont-elles été bénéfiques ? L’idée d’emprunter la traversée d’Arenberg en sens inverse s’est révélée payante. Peu d’anicroches, une course régulière sur les pavés, un verdict clair. «Auparavant, les coureurs entraient trop vite dans Arenberg», estime l’ancien champion Bernard Hinault. «À cause de la courbe à l’entrée, le secteur est abordé plus lentement. Dans le sens du faux-plat montant, le physique prévaut aussi sur la prise de risque. Ceux qui se dégagent le font à la force du jarret». «Le placement est moins déterminant qu’avant», remarque Gilbert Duclos-Lassalle. «Mais, cette année, le vent contraire a peut-être joué aussi. Il faut le vérifier dans d’autres conditions». À quoi la faillite française est-elle due ? Le bilan est lourd, aussi accablant que dans les deux autres épreuves de Coupe du monde déjà disputées (Milan-San Remo, Tour des Flandres). Emmanuel Magnien, premier Français, s’est classé 26e et aucun autre coureur français n’a pesé sur la course. L’application du suivi médical français tiendrait-elle lieu d’explication ? Des observateurs neutres, tels que Cyrille Guimard et Charly Mottet, préfèrent rester prudents. «Pour l’instant, je constate sans en tirer de conclusions», note Guimard, l’ancien directeur sportif devenu consultant, sans vouloir se prononcer davantage. «Nous sommes plus probablement dans le creux de la vague cette année d’autant que plusieurs éléments (Gaumont absent, Moncassin relevant de maladie, Magnien contrarié dans sa préparation) ont joué contre les Français», souligne Charly Mottet. Et l’ex-directeur sportif de l’équipe de France d’avancer un argument contraire: «Le suivi s’applique aussi à Frank Vandenbroucke qui court dans une équipe française. Et, pourtant, “VDB” a fait une superbe course !» Le classement Voici le classement de la 97e édition de Paris-Roubaix, courue dimanche : 1. Andrea Tafi (Ita/Mapei) les 273 km en 6 h 44’15’’ (moyenne : 40,519 km/h) 2. Wilfried Peeters (Bel) 2’14’’ 3. Tom Steels (Bel) 2’26’’ 4. George Hincapie (USA) 2’26’’ 5. Jo Planckaert (Bel) 2’26’’ 6. Leon Van Bon (PBS) 2’26’’ 7. Frank Vandenbroucke (Bel) 2’26’’ 8. Andrei Tchmil (Bel) 2’40’’ 9. Johan Museeuw (Bel) 2’40’’ 10. Lars Michaelsen (Dan) 2’53’’ Classement de la Coupe du monde après Paris-Roubaix : 1. Andrei Tchmil (Bel) 152 pts 2. Peter Van Petegem (Bel) 129 3. Andrea Tafi (Ita) 100 4. Frank Vandenbroucke (Bel) 98 5. Zbigniew Spruch (Pol) 98.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’équipe Mapei a signé un nouveau triplé dans Paris-Roubaix, la «reine des classiques» qui a été enlevée dimanche par le champion d’Italie Andrea Tafi, le plus fort du jour. Dans la grande plaine du Nord, si différente des vallonnements ondoyants de sa Toscane natale, Tafi a vécu son jour de grâce. Une course dure par temps sec, une maîtrise parfaite de la course par son équipe et le champion d’Italie, âgé de 32 ans, a enfin accédé à la plus haute marche du podium, lui qui avait terminé troisième en 1996 et deuxième l’an passé derrière son compatriote Franco Ballerini, à l’occasion de deux autres éditions confisquées par la toute- puissante Mapei qui a fait de la «reine des classiques» son domaine privé. «Après le départ de Ballerini et l’accident de Museeuw, on disait que nous ne pourrions...