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Actualités - Chronologie

La débrouille, face au chômage et à la misère

Face au chômage qui touche près de 30% de la population et à la misère grandissante dans les villes, les Algériens ont trouvé la parade : «la débrouille», les petits boulots et le «trabendo» (vente à la sauvette). Né des failles de l’économie socialiste des années 1962 à 1988, avec ses cortèges de pénuries, le trabendo a trouvé un terrain favorable avec la libéralisation «sauvage» de l’économie qui a suivi les émeutes sanglantes d’octobre 1988. Des milliers de jeunes, (plus de 70% de la population a moins de 30 ans), exclus de l’école, s’entassant dans des maisons insalubres des quartiers populaires, sans qualification et sans espoir de travail, n’ont d’autre choix que de se «débrouiller». La «débrouille» c’est, pour ces jeunes de plus en plus nombreux et même des retraités, trouver un petit boulot, faire du trabendo. Fatah, 16 ans, habitant Alger, comme des centaines d’enfants et d’adolescents, se lève chaque matin de très bonne heure. Sur le trottoir, il déploie sa petite tablette pleine de cigarettes. «Tôt le matin, avant l’ouverture des bureaux de tabac, les affaires marchent, explique-t-il, les gens en attendant le bus, ou un taxi, en prenant un café, aiment bien griller une cigarette». Non loin, son frère Ali décharge d’une voiture des paniers de pain d’un boulanger dont les baguettes sont très prisées. Toute la journée, il commerce dans la poussière et les fumées des pots d’échappement. Abdelkader, 25 ans, lui, est gardien de voitures près d’un marché. Il prend 20 dinars (2 FF) par automobiliste. Son frère et son cousin sont des «volants»: ils font les parkings lors des foires, près des stades. Le vieux Hassan, retraité, n’arrive pas à joindre les deux bouts. Il est cordonnier. Quelques clous, un pot de colle, des semelles sur une petite planche posée sur deux tabourets constituent son échoppe. «Heureusement que les chaussures, même neuves, sont de mauvaise qualité», commente-t-il. «On essaye d’améliorer l’ordinaire en gagnant quelques pièces. Je ne comprend pas que la police nous harcèle», s’insurge Hassan. De fréquentes descentes de polices jettent l’émoi. Ils se dépêchent de cacher leurs maigres marchandises, se mêlent à la foule, attendant que les policiers repartent. D’autres jeunes se sont spécialisés dans les vêtements : jeans, sweaters, chemises et les chaussures. «On ne vend que de la marque. Les jeunes et les femmes recherchent cela», explique Rachid, 25 ans, dans le métier depuis 10 ans. «Il m’est arrivé de perdre presque tout mon capital, confisqué par les flics. J’ai été arrêté et relâché, mais à chaque fois je recommence, car je ne sais rien faire d’autres, et puis... ça rapporte», lâche-t-il. Rédha, 20 ans, sans capital pour faire du trabendo, a trouvé une autre astuce. Il rachète ou récupère dans les poubelles de vieilles chaussures qu’il répare. D’une main experte, il colle du papier à cigarettes sur des baskets défraîchies, puis il badigeonne de la peinture blanche. La chaussure est prête à être vendue dans un souk. «Moi, je cible les ploucs, les paysans qui descendent de leur montagne pour se payer des Nike ou des Adidas. Ils sont tout contents de les avoir à des prix défiants toute concurrence... mais je ne garantis pas la solidité», avoue-t-il en riant. Pour tous ces exclus, le battage de la campagne électorale leur passe complètement au-dessus de la tête, le scrutin du 15 avril ne changera rien, selon eux, à leur sort. «Les responsables font ce qu’ils veulent et nous ce que nous voulons. Leurs lois, connaît pas, partout c’est le piston, la «chippa» (la corruption)», affirme désabusé Rédha.
Face au chômage qui touche près de 30% de la population et à la misère grandissante dans les villes, les Algériens ont trouvé la parade : «la débrouille», les petits boulots et le «trabendo» (vente à la sauvette). Né des failles de l’économie socialiste des années 1962 à 1988, avec ses cortèges de pénuries, le trabendo a trouvé un terrain favorable avec la libéralisation «sauvage» de l’économie qui a suivi les émeutes sanglantes d’octobre 1988. Des milliers de jeunes, (plus de 70% de la population a moins de 30 ans), exclus de l’école, s’entassant dans des maisons insalubres des quartiers populaires, sans qualification et sans espoir de travail, n’ont d’autre choix que de se «débrouiller». La «débrouille» c’est, pour ces jeunes de plus en plus nombreux et même des retraités, trouver un...