Le Front islamique de salut (FIS), sept ans après sa dissolution, reste un élément incontournable de la crise algérienne qui a marqué fortement la campagne présidentielle par le poids électoral qu’il est supposé représenter. Ce parti, fondé en 1989 et dissous en 1992, après l’annulation de sa victoire aux premières législatives pluralistes du pays en décembre 1991, est censé canaliser le vote islamiste. Il représente un gisement électoral important qui aiguise les convoitises. En 1991, quand le processus électoral avait été interrompu, le FIS avait frôlé la majorité absolue. Les Algériens sont divisés sur les moyens pour mettre fin à cette violence. Les «extrémistes» sont partisans de l’interdiction des partis islamistes et d’une lutte à outrance contre les groupes armés islamistes, alors que les «réconciliateurs» souhaitent une reprise du dialogue avec le FIS. Le président Liamine Zéroual, d’abord en tant que ministre de la Défense puis comme chef de l’État, avait lui-même noué des contacts avec le FIS. Ceux-ci avaient buté sur le préalable de l’appel à l’arrêt des violences. Il s’était ravisé, affirmant alors que le dossier du FIS était «définitivement clos». La plupart des candidats du 15 avril penchent pour la réconciliation. Ahmed Taleb Ibrahimi, favorable depuis 1991 à la libération des dirigeants du FIS, ne fait pas mystère de voir réhabiliter ce parti. Le FIS vient d’ailleurs d’appeler à voter «massivement» pour M. Ibrahimi, le considérant comme «le plus apte à sortir le pays de la tragédie». Ce baron du Front de libération nationale (FLN, ex-parti unique), fils d’un dignitaire religieux, bénéficie du soutien des cadres du FIS et ses réunions électorales attirent de nombreux militants du FIS. Abdallah Djaballah, qui vient de fonder le Mouvement de la réforme nationale (MRN), après avoir quitté le Mouvement Nahda (MN, Renaissance), se réclame de la même démarche. Avec sa calotte blanche, sa barbe et son discours politique que la presse assimile à des prêches religieux, il rappelle, pour les Algériens, le souvenir des dirigeants du FIS. Aux législatives de juin 1997, il avait ouvert ses listes électorales aux militants de ce parti. L’ancien ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Bouteflika, qui passe pour le candidat du pouvoir, bien qu’il s’en défende, se présente aussi comme «l’homme de la réconciliation», ajoutant «que cela plaise ou déplaise». Hocine Aït-Ahmed, le chef du Front des forces socialistes (FFS), milite en faveur d’un «dialogue sans exclusive». Pour lui, c’est la seule manière de mettre les dirigeants du FIS «face à leurs responsabilités» tout en enlevant aux groupes armés leur «couverture politique». Mouloud Hamrouche, sous le gouvernement duquel le FIS a prospéré entre 1989 et 1991, est aussi considéré comme un réconciliateur. Il a cependant récemment exclu toute réhabilitation de ce parti. «Réhabiliter le FIS, pourquoi faire? Est-ce que cela réglera le problème. Pour moi, c’est exclu», a-t-il dit, précisant que «le pays a changé» et que la situation «n’est plus la même qu’en 1991». Seuls, Youssef Khatib, ancien conseiller du président Zéroual, qui avait tenté d’organiser des discussions avec le FIS, ainsi que l’ancien chef de gouvernement Mokdad Sifi, sont opposés au retour sur la scène politique algérienne de ce mouvement.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le Front islamique de salut (FIS), sept ans après sa dissolution, reste un élément incontournable de la crise algérienne qui a marqué fortement la campagne présidentielle par le poids électoral qu’il est supposé représenter. Ce parti, fondé en 1989 et dissous en 1992, après l’annulation de sa victoire aux premières législatives pluralistes du pays en décembre 1991, est censé canaliser le vote islamiste. Il représente un gisement électoral important qui aiguise les convoitises. En 1991, quand le processus électoral avait été interrompu, le FIS avait frôlé la majorité absolue. Les Algériens sont divisés sur les moyens pour mettre fin à cette violence. Les «extrémistes» sont partisans de l’interdiction des partis islamistes et d’une lutte à outrance contre les groupes armés islamistes, alors que les...