La France veut intensifier la lutte contre les paradis bancaires et fiscaux, qui sont pour elle au cœur du blanchiment des centaines de milliards de dollars d’argent sale circulant chaque année à travers le monde. Le ministre français des Finances, Dominique Strauss-Kahn, a annoncé qu’il ferait des propositions concrètes visant à protéger le système financier international contre les «trous noirs de la régulation internationale», lors des réunions du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, fin avril à Washington. «Il est intolérable, alors que le village financier s’est globalisé, qu’il reste des points aussi nombreux où les règles internationales communément admises ne s’appliquent pas», a lancé M. Strauss-Kahn devant un parterre de quelque 150 spécialistes venus de 42 pays et réunis en colloque pendant trois jours à Paris. Les flots d’argent peuvent déstabiliser les structures financières internationales, a mis en garde le ministre français. Le blanchiment de l’argent sale représente 2 à 5 % du produit intérieur brut mondial soit plus de 1 000 milliards d’euros par an, a estimé récemment le directeur général du FMI, Michel Camdessus. Les propositions françaises à Washington s’inspirent de celles qui ont déjà été soumises en janvier au Groupe d’action financière sur le blanchiment de capitaux (Gafi), a indiqué M. Strauss-Kahn. Il s’agirait d’accroître la vigilance des institutions financières de pays membres du Gafi en les obligeant, dans certaines situations, à permettre l’identification de leurs clients, mais aussi à les soumettre à une obligation de déclaration, en cas de soupçons sur certaines opérations. En dernier recours, la France propose même une «interdiction partielle ou totale des opérations financières avec les juridictions présentant les défauts les plus graves». Les responsables français ne se font guère d’illusions et pensent que cette proposition sera rejetée par leurs partenaires, mais ils veulent néanmoins s’en servir comme instrument de pression ou de dissuasion. M. Strauss-Kahn a même trouvé un surnom à cette arme de dernier recours : «La bombe atomique». Cette ferveur dans la lutte contre la corruption serait encore mieux soulignée si la France ratifiait enfin, après l’avoir signée, une convention de l’OCDE de lutte contre la corruption des agents publics étrangers. M. Strauss-Kahn ne le nie pas, mais a de nouveau invoqué un calendrier parlementaire particulièrement chargé. L’ire de la France vise tout particulièrement des centres offshore, qui se caractérisent par un secret bancaire très étendu, la création de sociétés-écrans et leur réticence à toute coopération internationale qui remettrait en cause les fondements de leur succès et leur fortune. Près de la moitié de tous les flux financiers mondiaux, licites ou illicites, transitent par les dizaines de centres offshore, éparpillés à travers le monde, selon certains experts cités par le ministre. Nombreux dans les îles Caraïbes, ces paradis financiers peuvent être indépendants ou sous la souveraineté d’un pays qui respecte parfaitement les règlements internationaux. Selon certains spécialistes, la moitié des centres offshore du monde, comme Jersey ou Guernesey, sont sous la souveraineté de la Grande-Bretagne.
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