La livraison par la Libye des deux suspects de l’attentat de Lockerbie est un succès bienvenu pour l’Onu et son secrétaire général, Kofi Annan, après les déboires de l’organisation internationale en Irak et au Kosovo. Au moment où les Nations unies sont contraintes de s’effacer derrière les États-Unis et l’Otan, le transfert des deux accusés libyens aux Pays-Bas apparaît comme une récompense des efforts diplomatiques patients déployés par Kofi Annan pour régler une confrontation de dix ans entre Tripoli et la communauté internationale. Le secrétaire général s’est personnellement impliqué dans la recherche d’une solution, œuvrant avec son équipe de juristes à rapprocher les points de vue et à dissiper la méfiance entre Tripoli, Londres et Washington. Il s’est ainsi rendu en Libye, en décembre dernier, pour tenter de convaincre – en vain – le colonel Mouammar Kadhafi d’extrader les deux hommes. Quelques jours plus tard, lors d’une conférence régionale des pays du Golfe à Abou Dhabi, il a demandé au président sud-africain Nelson Mandela et au prince Abdallah ibn Abdel Aziz de faire pression sur le dirigeant libyen. L’intervention de ces deux pays, qui ont la confiance à la fois de la Libye et des États-Unis, a été décisive. Ce succès intervient à point pour restaurer la crédibilité de l’Onu mise à mal par l’impuissance de l’organisation au Kosovo où elle a laissé les mains libres à l’Otan pour bombarder la Yougoslavie, sans avoir son mot à dire. Kofi Annan lui-même a adopté depuis le début de cette crise un profil bas, approuvant les frappes et se contentant de regretter que le Conseil de sécurité, pourtant responsable de la paix internationale, n’ait pas été consulté. Le contraste est d’autant plus saisissant que ce diplomate ghanéen de 60 ans, réputé pour sa prudence, n’avait pas hésité à deux reprises l’année dernière, une première fois en février puis en novembre, à arrêter la machine de guerre américaine sur le point de lancer des frappes sur l’Irak. Il avait acquis à cette occasion une image de «faiseur de paix», bien en ligne avec les idéaux des Nations unies. Mais, dans les faits, ses deux interventions n’ont finalement pas empêché les États-Unis de frapper durement l’Irak en décembre et lui ont valu une solide rancune à Washington. Les États-Unis, qui avaient pourtant imposé M. Annan à la tête de l’Onu en janvier 1997, se sont ainsi opposés à ce qu’il joue un rôle actif dans les réflexions en cours sur le contrôle du désarmement de l’Irak après la fin de l’ancien régime d’inspections. M. Annan n’a pas non plus réussi à obtenir de Washington le paiement de sa dette de 1,6 milliard de dollars à l’Onu, ce que l’administration américaine avait promis de faire en échange des réformes et des économies accomplies par l’organisation. Un collaborateur du secrétaire général assure toutefois que M. Annan ne se laisse pas démonter par ces critiques et que ses relations avec le secrétaire d’État américain Madeleine Albright sont «excellentes». Kofi Annan affirme volontiers que l’Onu et son secrétaire général ne peuvent agir que si les États membres, et en particulier les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Chine, Grande-Bretagne, États-Unis, France, Russie), sont unis. Ce qui n’est le cas ni en Irak ni au Kosovo. Dans ces conditions, il va être encore «un peu plus prudent» lors du reste de son mandat qui s’achève dans deux ans et demi, affirme un fonctionnaire de l’Onu.
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