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Actualités - Chronologie

Le capitalisme fait son intrusion dans l'or noir de Sibérie

Nijnevartovsk, une ville moyenne née du pétrole assise sur les bords de l’Ob, est déchirée entre les acquis de son passé soviétique et les idées capitalistes du nouveau «boss» à la tête de la compagnie pétrolière locale. Dans les années 70 et 80, la ville était une véritable terre promise pour les travailleurs du pétrole, attirés en Sibérie par des salaires élevés, destinés à compenser la pénibilité du travail, par moins 45 degrés Celsius. Aujourd’hui, Nijnevartovsk ne sait plus sur quel pied danser. D’un côté, elle s’agrippe aux acquis du passé, quand la toute puissante industrie du pétrole et du gaz fournissait aussi de multiples services sociaux. Elle s’y agrippe d’autant plus que, touchée par la crise financière qui a secoué la Russie l’été dernier, les rentrées d’argent dans les caisses municipales se sont considérablement réduites. C’est grâce à la seule industrie du pétrole que la ville sibérienne est restée depuis un relatif îlot de prospérité. De l’autre côté, Nijnevartovsk observe les succès du nouveau patron de la Tioumen Oil Company (TNK). Et note avec inquiétude les conséquences en termes de chômage. Formé aux États-Unis, Simon Kukes est arrivé à la tête de TNK il y a deux ans avec la volonté d’améliorer la rentabilité de l’entreprise. Le nouveau patron a deux fers de lance : un accroissement de la capitalisation et la transformation de la culture de l’entreprise, désormais dédiée entièrement au profit. Ses premiers résultats sont impressionnants. Tioumen Oil Company, classée au sixième rang des pétroliers russes en termes de production, a réduit ses coûts de production de 12,5 dollars par baril à 3,5 dollars. Les coûts de raffinage, quant à eux, ont dégringolé de 3,2 dollars le baril à 85 cents, en partie grâce à la dévaluation du rouble. Ces effort ont été réalisés dans une période difficile pour toutes les compagnies pétrolières russes, touchées par la baisse du prix du baril sur le marché mondial. Ils ne sont pas restés sans coûts sociaux : TNK s’est séparé de 22 % de ses employés, hautement qualifiés, et 3 % supplémentaires pourraient être remerciés cette année. Ceux qui y travaillent toujours ont vu leur salaire baisser. Le salaire d’un employé à la production est passé de 500 dollars avant la crise à 230 dollars aujourd’hui. Et Simon Kukes continue à demander ouvertement une réduction des contributions de TNK au budget de la ville. Cela ne l’empêche pas cependant de «soutenir les bonnes causes», comme une incursion dans un orphelinat local a pu le montrer. L’amertume est notable chez certains des habitants : la moitié d’entre eux environ travaillent dans l’industrie du gaz ou du pétrole. «Tous ces managers qui viennent de Moscou vivent dans des hôtels, ils n’ont pas d’appartement ni de famille ici», reproche un habitant qui a demandé à garder l’anonymat. «Ils sont juste intéressés par l’argent, le pétrole et le gaz. Mais les gens qui vivent ici?» Les taxes versées par TNK contribuent à hauteur de 30 % environ au budget municipal qui atteint les trois milliards de roubles (environ 214 millions de dollars). «Je ne peux citer aucune ville de cette taille qui construit autant», souligne le patron de la compagnie... qui vient juste d’accepter de payer 80 millions de roubles par mois de taxe à la municipalité pour l’aider à payer des arriérés de salaires qui s’accumulaient. Cette soudaine largesse a des causes très prosaïques, expliquent les analystes locaux. NijnevartovskNefteGaz, une filiale de TNK que la compagnie cherche à remettre sur pied, est menacée de faillite. Sans l’aide des autorités, les plans de renflouement sont voués à l’échec, explique Vitaly Titov, un journaliste local. «Les autorités ont placé le couteau sous la gorge de NijnevartovskNefteGaz», dit-il, «pour son maintien en vie, elles demandent entre autres à TNK de conserver les services sociaux. Elles ne vont pas permettre à TNK d’abandonner les prestations sociales».
Nijnevartovsk, une ville moyenne née du pétrole assise sur les bords de l’Ob, est déchirée entre les acquis de son passé soviétique et les idées capitalistes du nouveau «boss» à la tête de la compagnie pétrolière locale. Dans les années 70 et 80, la ville était une véritable terre promise pour les travailleurs du pétrole, attirés en Sibérie par des salaires élevés, destinés à compenser la pénibilité du travail, par moins 45 degrés Celsius. Aujourd’hui, Nijnevartovsk ne sait plus sur quel pied danser. D’un côté, elle s’agrippe aux acquis du passé, quand la toute puissante industrie du pétrole et du gaz fournissait aussi de multiples services sociaux. Elle s’y agrippe d’autant plus que, touchée par la crise financière qui a secoué la Russie l’été dernier, les rentrées d’argent dans les...