Ghyslaine Zimmermann fête Pâques à l’ukrainienne. Elle présente au CCF, jusqu’au 30 avril, des œufs appelés «pissanki» (pissanka au singulier), décorés selon une technique spéciale ancienne. Toute une collection aux motifs traditionnels ou libres, joliment exposée sous verre dans la galerie extérieure du centre, rue de Damas. Ghyslaine Zimmermann a appris «la pissanka» à Moscou il y a quatre ans. «Mais même en Russie, cette technique est très peu répandue, surtout au niveau de la jeune génération», indique-t-elle. À cause des longues années de communisme où la religion était proscrite. La «pissanka» existe depuis des siècles. On en a retrouvé des fragments en Ukraine, mais aussi en Grèce, ainsi que dans pratiquement tous les pays de l’Europe de l’Est. Les plus anciens datent du 6e siècle. «Cette technique ancienne était probablement païenne dans un premier temps, souligne Mme Zimmermann, mais elle a ensuite acquis une consonance religieuse. Orthodoxe plus exactement. Chaque motif, chaque couleur, chaque association de couleurs est censé représenter un symbole. Cela tourne la plupart du temps autour de la vie, de la prospérité, de la naissance, de la mort, du mariage». Pour la couleur, on utilise en général des teintures toxiques, mais on peut aussi utiliser des teintures alimentaires. «En Russie, on trouvait essentiellement des produits employés pour la coloration des vêtements», précise Ghyslaine Zimmermann. «Mais attention : si on utilise ces teintures toxiques sur des œufs bouillis, comme cela se fait pour Pâques, on ne peut plus les manger ensuite. On s’empoisonnerait». Par ailleurs, le travail sur un œuf vide est possible, quoique plus difficile, «car lorsqu’on le plonge dans la teinture, il flotte» Fragile Les «pissanki» sont décoratifs, mais aussi excessivement fragiles. «Je les transporte dans des boîtes à œufs, c’est le moyen le plus sûr», affirme Mme Zimmermann. «On m’a souvent demandé pourquoi je ne les remplissais pas de sable pour les rendre plus solides. Sur le plan philosophique, l’œuf représente la vie, qui est justement fragile. Je pense donc qu’il ne faut pas essayer de le consolider. D’ailleurs, ajoute-t-elle, ce serait, à mon avis, illusoire. Parce que de, toute façon, s’il tombait, même rempli de sable, il se casserait». Depuis deux ans qu’elle vit à Beyrouth, Mme Zimmermann a «fait» une vingtaine d’adeptes de la pissanka. Des dames qu’elle accueille chez elle, à Jal el-Dib, pour des séances de travail, en petits groupes. Au CCF, elle expose donc aujourd’hui, en grande majorité, ses propres œuvres, mais aussi celles de ses «élèves». Combien de temps faut-il pour acquérir la technique ? «Cela dépend de la dextérité et de l’assiduité de chacun», répond-elle. «Deux conditions sont nécessaires : avoir de bons yeux et disposer d’un bon éclairage». Quant au matériel nécessaire, il est difficile à trouver, même en Russie. «Je fais tout venir des États-Unis», ajoute-t-elle. L’œuf qui lui a demandé le plus de travail ? «Un œuf d’autruche : 35 heures de boulot». Artisanat Pour Ghyslaine Zimmermann, la «pissanka» est avant tout une activité agréable. «Chacun est libre de suivre son inspiration», dit-elle. «Cela n’a pas été pareil pour moi. À Moscou, mon professeur insistait pour que l’on reprenne exactement les motifs anciens, traditionnels. Sans rien changer, ni dimensions, ni couleurs». Installée à Beyrouth depuis deux ans, Ghyslaine Zimmermann devra quitter le Liban dans un an, à cause du travail de son mari. «Je pense toutefois que quelqu’un prendra la relève, que la «pissanka» continuera au Liban. Chez moi, toute la famille s’y est mise. Ce qui plaît dans cet art est que l’on obtient un résultat immédiat. Pour ma part, conclut-elle, je continuerai à me perfectionner. Car jusqu’à présent, je n’ai pas encore réalisé l’œuf idéal». Un chemin comme un autre pour atteindre la perfection… Sur commande Tous les modèles exposés au CCF appartiennent à la collection personnelle de Mme Zimmermann. «Seuls les œufs de poule peuvent être vendus, sur commande», insiste-t-elle. Les prix varient entre 12$ et 20$. «Pour le reste, les œufs sont difficiles à trouver et ils sont très chers. J’ai pu trouver ici des œufs d’autruche : 80$ pièce», dit-elle. «Travaillé, il vaudrait 200$. Je ne peux donc pas envisager d’en vendre».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Ghyslaine Zimmermann fête Pâques à l’ukrainienne. Elle présente au CCF, jusqu’au 30 avril, des œufs appelés «pissanki» (pissanka au singulier), décorés selon une technique spéciale ancienne. Toute une collection aux motifs traditionnels ou libres, joliment exposée sous verre dans la galerie extérieure du centre, rue de Damas. Ghyslaine Zimmermann a appris «la pissanka» à Moscou il y a quatre ans. «Mais même en Russie, cette technique est très peu répandue, surtout au niveau de la jeune génération», indique-t-elle. À cause des longues années de communisme où la religion était proscrite. La «pissanka» existe depuis des siècles. On en a retrouvé des fragments en Ukraine, mais aussi en Grèce, ainsi que dans pratiquement tous les pays de l’Europe de l’Est. Les plus anciens datent du 6e siècle. ...