L’Onu a été marginalisée par l’Otan dans la guerre du Kosovo en raison d’une division des grandes puissances du Conseil de sécurité rappelant l’ancienne rivalité est-ouest. L’alliance militaire occidentale dirigée par les États-Unis a entrepris une campagne de bombardements de grande ampleur contre des cibles militaires en Yougoslavie pour forcer Belgrade à mettre fin à la répression au Kosovo et à accepter le plan de paix international. Mais l’Otan s’est dispensée d’une autorisation explicite du Conseil de sécurité qui a pourtant, selon la Charte de l’Onu, «la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales». La Russie, principale alliée de Belgrade, et la Chine ont affirmé avec vigueur que le recours à la force par l’Otan était «une violation flagrante» de la Charte. «Comme d’habitude, le Conseil s’est retrouvé marginalisé uniquement à cause du désaccord parmi les membres permanents», a dit l’ambassadeur de la Slovénie, Danilo Turk. Cette ancienne République yougoslave, qui a proclamé son indépendance en 1991, est un des dix membres non-permanents du Conseil. Depuis le début du conflit, le Conseil a été incapable de prendre position soit pour autoriser explicitement les frappes soit pour les faire cesser, paralysé par une résurgence de l’ancienne fracture est-ouest. Les pays musulmans - dont certains comme la Malaisie généralement critiques les États-Unis - se sont aussi rangés aux côtés des Occidentaux par solidarité avec les Albanais musulmans. Parmi les quinze membres du Conseil, cinq appartiennent à l’Otan, dont trois disposent d’un droit de veto en tant que membres permanents (États-Unis, France, Grande-Bretagne). Ils ont ainsi réussi à faire échouer la semaine dernière, par douze voix contre trois, un projet de résolution présenté par la Russie exigeant un arrêt immédiat des frappes de l’Otan. Mais au cours des derniers mois, c’étaient Moscou et Pékin qui avaient menacé de mettre leur veto à toute résolution qui donnerait un feu vert à l’Otan pour intervenir au Kosovo. «Le Conseil est profondément divisé et, semble-t-il, de manière irréparable», a déclaré l’ambassadeur du Canada, Robert Fowler. Il a souligné que «la volonté de prendre des positions inébranlables, de refuser le compromis, de recourir au veto, est la réalité à laquelle le Conseil fait face». «Dans ces circonstances, il est difficile de voir comment le Conseil peut être utile», a-t-il ajouté. Le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, invité par le ministre yougoslave des Affaires étrangères Zivadin Jovanovic à «agir d’urgence» et à arrêter «l’agression de l’Otan», a lui aussi adopté un profil bas. Il était peu probable que l’appel de Belgrade soit entendu par M. Annan qui a souvent expliqué qu’il ne pouvait agir que si le Conseil de sécurité était uni. Après le début des frappes, il avait ainsi envoyé un message mixte, en justifiant l’action de l’Otan tout en regrettant que le Conseil de sécurité n’ait pas été consulté. Mais selon l’ambassadeur britannique, Jeremy Greenstock, il faut arrêter «les larmes et les sanglots sur l’impuissance du Conseil de sécurité». «Le Conseil de sécurité ne peut fonctionner dans les situations les plus difficiles qu’avec les instruments que lui donnent les États membres», a-t-il dit. «Quand des gouvernements rétifs comme ceux de Saddam Hussein et de Slobodan Milosevic n’obéissent pas aux règles internationales et aux résolutions, alors il faut quelque chose d’autre», a-t-il dit en référence au recours à la force. Mais le Conseil de sécurité «doit être uni» pour cela, a-t-il souligné. «S’il y a des points de vue opposés, il est alors difficile d’avancer». (AFP)
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