Contrairement à la légende, le monde glacé de la haute finance n’est pas peuplé que de requins ; on peut y croiser parfois certains êtres d’exception qui, en sus du génie des affaires, du sens de la décision, de l’esprit d’entreprise, de la sûreté de l’analyse et autres atouts inhérents à la profession d’argent, détiennent la plus inestimable des richesses : ils ont, tout simplement, du cœur. Leur or et trésor véritable est en eux, et il n’est guère besoin de gratter trop profond pour le mettre à jour. Joseph Abdo el-Khoury, météore de chaleur et de lumière partie illuminer d’autres espaces, était un de ces hommes-là. Je m’honore d’avoir compté parmi ses nombreux amis. Pour les familiers et spécialistes de la place de Beyrouth, Joseph el-Khoury restera certes comme l’un de ces brillants et imaginatifs techniciens qui ont conféré à la banque libanaise une stature internationale en même temps qu’il s’affirmait, avec le complexe de Faraya-Mzaar, comme le premier promoteur des sports d’hiver dans le pays. De la Banque de la Méditerranée il avait fait une incontournable institution, systématiquement présente dans les plus modestes des agglomérations libanaises, puis un impressionnant empire d’outre-mer. Oui, la Med avait grandi, elle avait bien changé ; pas «Le Président», même après qu’il lui eut fallu se séparer de son bébé pour se lancer dans la grande hôtellerie, la production cinématographique et, pas toujours avec le même bonheur, dans diverses autres affaires. Les revers de fortune – et ils furent, ces dernières années, aussi durs que fréquents – n’ont jamais entamé la noblesse d’âme, le courage, la pugnacité de ce battant qui ne s’est jamais résigné à baisser les bras, de ce prodigieux manieur de chiffres singulièrement attentif, pourtant, à la détresse humaine : laquelle, comme on sait, ne peut être ni quantifiée, ni comptabilisée. C’est que Joseph el-Khoury – et là n’est pas le moindre de ses titres de gloire – ne s’était pas borné à moderniser la banque en opérant des montages inédits, en supprimant des rouages désuets, en installant des mécanismes nouveaux. La banque, ce pater familias l’a humanisée, au-delà sans doute des normes de gestion communément admises : engageant sa responsabilité personnelle pour pratiquer avant la lettre, et au plus fort de la guerre, le prêt-logement, avançant des fonds pour reconstituer ici un petit négoce ravagé, pour dépanner là une famille soudain dépossédée ou encore pour envoyer des enfants à l’école, des étudiants à l’université. Instrument de puissance,vraiment, l’argent ? Ce grand brasseur d’affaires en avait fait surtout un vecteur d’entraide sociale ; l’abondance seyait bien à ce seigneur de la finance, qui tenait absolument à la partager avec une élégante discrétion. Philanthrope, bienfaiteur, mécène, il l’est resté jusqu’à la fin malgré tous les coups du sort, fidèle à son apostolat, vouant avec son épouse, Odette, une sollicitude toute particulière à ses pupilles de l’ admirable Institut de rééducation audiophonétique (Irap). Vissé à sa libanité et néanmoins citoyen du monde, «Le Président» était partout dans son élément ; à Ehmej comme à Beyrouth, à Paris comme à Beaulieu, Marbella ou Los Angeles, il était sur ses terres. C’est sa terre cependant qui, partout, nuit et jour, l’habitait, lui qui, avec sa rare expérience et sa vision humaine de l’économie, avait encore tant à donner. Adieu président, adieu l’ami.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Contrairement à la légende, le monde glacé de la haute finance n’est pas peuplé que de requins ; on peut y croiser parfois certains êtres d’exception qui, en sus du génie des affaires, du sens de la décision, de l’esprit d’entreprise, de la sûreté de l’analyse et autres atouts inhérents à la profession d’argent, détiennent la plus inestimable des richesses : ils ont, tout simplement, du cœur. Leur or et trésor véritable est en eux, et il n’est guère besoin de gratter trop profond pour le mettre à jour. Joseph Abdo el-Khoury, météore de chaleur et de lumière partie illuminer d’autres espaces, était un de ces hommes-là. Je m’honore d’avoir compté parmi ses nombreux amis. Pour les familiers et spécialistes de la place de Beyrouth, Joseph el-Khoury restera certes comme l’un de ces brillants et...