Abdul Amin ne va pas à l’école. Cet enfant de dix ans sait que pour les nombreuses années qui viennent il devra chaque jour prendre le chemin de l’usine de tapis où il travaille. Comme des millions de jeunes du pays, il fait partie des enfants-ouvriers gagés, contraints au labeur pour rembourser les dettes que les parents ont contractées auprès du propriétaire de l’usine. Mais, comme le montant de la dette remboursée chaque jour est infime, sa tâche ne se terminera jamais. «Je suis un carpet boy», reconnaît Abdul en exhibant ses petits doigts entaillés par la trame des tapis. Il vit aux confins de Karachi avec des milliers d’immigrants birmans et bengalis dans un bidonville surnommé Bacha Carpet Busti autrement dit «la colonie des enfants du tapis». Alors que l’on va commémorer le 10e anniversaire de la Convention internationale des droits de l’enfant le 20 novembre prochain, les chiffres officiels au Pakistan font état de quelque 3,4 millions d’enfants au travail. Selon certaines estimations, il y aurait en fait dans tout le pays quelque 10 millions de gamins astreints au travail forcé alors que la loi interdit théoriquement le travail des enfants de moins de 14 ans. «C’est très dangereux, mais maintenant je suis devenu un expert», affirme Abdul. «Personne ne nous donne des médicaments ou des pansements. Ses coupures sont habituelles. Les plus âgés disent que chaque fois que ça saigne, il faut mettre les doigts dans la poussière». Chaque jour de travail, Abdul gagne à peine 10 roupies (20 cents US) qui servent à rembourser les 10 000 roupies que son père a empruntés. Mais comme n’importe quel autre enfant il n’a pas le choix. Le sort d’Abdul et de sa famille a basculé quand la mère est tombée malade. «Je n’avais pas le choix mais je ne pensais pas que cela nous jetterait dans un tel puits de la mort», souligne le père d’Abdul Shahabuddin. «J’ai travaillé ici pendant quatre ans. Maintenant c’est au tour de mon fils mais l’emprunt est toujours là. On dirait que notre destin a été noué dans les métiers à tisser». Les 50 000 «enfants des tapis» ne sont pas les seuls à être exploités. Des milliers d’autres travaillent sur les fours à brique, d’autres cousent des ballons de football ou encore fabriquent des allumettes, des feux d’artifice et certains fabriquent même des instruments chirurgicaux. Dans de nombreux cas c’est toute la famille qui doit travailler pour rembourser la dette. Mohammad Sultan travaille dans l’usine de tapis avec sa femme et ses quatre enfants, deux garçons et deux filles. «Je voulais que mes filles grandissent en paix et que mes deux fils fassent des études. Mais mes rêves ont été détruits à partir du moment ou j’ai emprunté de l’argent», raconte-t-il. Les industriels affirment que le problème a trouvé ses limites puisque des écoles sont mises en place pour essayer de donner une éducation à certains de ces enfants. Une trentaine d’écoles fonctionnent aux Penjab, la plus grande province du Pakistan et d’autres doivent voir le jour. «Nous avons fait énormément de progrès», affirme Tariq Mehmood, de l’association des producteurs de tapis pakistanais. Il y a eu aussi des actions positives. En 1994, les producteurs de ballons de football ont été contraints d’arrêter d’employer des enfants pour leur production destinée à l’exportation car les pays occidentaux menaçaient de boycotter leurs produits. Aujourd’hui les enfants travaillent seulement à la production des ballons de foot destinés au marché national. Cependant les groupes de défense des droits de l’homme affirment que ce n’est rien par rapport à ce qui devrait être fait. «C’est une goutte dans l’océan. On ne pourra pas éliminer le travail des enfants tant qu’il y aura de la pauvreté», déclare Asab Saeed, de l’institut du travail pakistanais, une organisation non-gouvernementale.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Abdul Amin ne va pas à l’école. Cet enfant de dix ans sait que pour les nombreuses années qui viennent il devra chaque jour prendre le chemin de l’usine de tapis où il travaille. Comme des millions de jeunes du pays, il fait partie des enfants-ouvriers gagés, contraints au labeur pour rembourser les dettes que les parents ont contractées auprès du propriétaire de l’usine. Mais, comme le montant de la dette remboursée chaque jour est infime, sa tâche ne se terminera jamais. «Je suis un carpet boy», reconnaît Abdul en exhibant ses petits doigts entaillés par la trame des tapis. Il vit aux confins de Karachi avec des milliers d’immigrants birmans et bengalis dans un bidonville surnommé Bacha Carpet Busti autrement dit «la colonie des enfants du tapis». Alors que l’on va commémorer le 10e anniversaire de la...