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Actualités - Chronologie

(Supplément) Boxe Un siècle nommé Ali

Pour un peu, on pourrait se dire qu’en un siècle, rien n’a changé dans le monde de la boxe. En juin 1899 à Coney Island, un Américain et un Britannique se disputaient le titre unifié des poids lourds. Cent ans plus tard, la même scène se reproduisait à Las Vegas. Seule différence de taille, les deux premiers – James Jeffries dit le «Grizzly» et Bob Fitzsimmons «le Monstre combattant» – étaient Blancs. Jeffries l’emporta. Les deux suivants, Evander Holyfield et Lennox Lewis, étaient Noirs. Lewis redonna le titre mondial des lourds à un Anglais après un siècle de monopole américain. Le premier titre mondial des lourds avait été enlevé par un Noir en 1908. Hormis cela, la boxe du XIXe siècle — son lot de corrompus et de corrupteurs, de tragédies et de héros de toutes les origines et de toutes les couleurs — n’a semble-t-il guère évolué. Aujourd’hui, l’IBF, une des principales organisations de la boxe mondiale, entame le nouveau millénaire avec un lourd fardeau : 32 chefs d’inculpation pour corruption. Et l’appât du dollar est plus puissant que jamais. «Martin Luther King nous a conduits en haut de la montagne. Je veux vous emmener à la banque», déclare le promoteur Don King, dont la chevelure grise électrique est devenue célèbre dans les coulisses des plus grands rings. Pourtant, en dépit d’apparences trompeuses, le XXe siècle s’est révélé passionnant. Grâce à quelques personnages ordinaires au premier rang desquels Joe Martin n’a jamais combattu pour des millions de dollars ni même frappé qui que ce soit pour de l’argent. Il est mort il y a trois ans à l’âge de 80 ans sans être jamais devenu riche mais a pourtant sa place au panthéon de la boxe aux côtés d’autres Joe bien plus connus — Frazier, Louis ou Walcott. C’est ce policier de Louisville qui, par une nuit pluvieuse d’octobre 1954, vint consoler un gamin de douze ans à qui on venait de voler sa bicyclette. «Il était à moitié en larmes et promettait de casser la tête au voleur», disait Martin de sa première rencontre avec Cassius Clay, le futur Mohammed Ali. «Je lui ai dit : “tu ferais mieux d’apprendre d’abord à te battre”». Martin resta six ans avec le gosse de Louisville, jusqu’aux Jeux olympiques de Rome où ce dernier enleva la médaille d’or des lourds-légers. Vingt ans plus tard, après les fameux combats de Kinshasa et de Manille, Ali était une superstar. Mais il demeurera toujours un personnage à part. Personne avant lui n’avait eu le même style, la même arrogance, la même fluidité sur le ring, même si le moyen Sugar Ray Robinson fut sans doute le plus grand technicien que la boxe ait jamais connu. Jack Dempsey «The Champ» côtoya certes des stars du cinéma et engendra des recettes de plusieurs millions de dollars dans les années 1920. Joe Louis le «Bombardier» fut invaincu de 1937 à 1949. Premier Noir champion du monde des lourds depuis Jack Johnson (1908-1915), il fut acclamé comme le plus grand de son époque tout comme Ali. Mais Ali fut différent. Tout ce qu’il dit et fit provoqua un cataclysme dans la société américaine d’alors. Sa conversion à l’islam d’abord, dès les premières années de sa carrière. «Cassius Clay est un nom d’esclave. Je ne l’ai pas choisi et je n’en veux pas». Son refus de s’engager dans la guerre du Vietnam ensuite. «Je n’ai rien contre les Vietcongs. Ils ne me traitent pas de nègre. Si je dois mourir, je mourrai pour défendre la liberté dans mon pays». Ce refus lui valut la destitution de son titre mondial. Mais il le reconquit aux dépens de George Foreman dans ce «Rumble in the Jungle» mémorable de 1974 au Zaïre, premier grand coup médiatique de Don King. Puis le conserva contre Frazier un an plus tard dans le «Thriller de Manille». Personne d’autre dans la boxe n’eut autant d’arrogance à se proclamer «le plus grand» dès l’âge de 12 ans. «Je veux être impoli et vindicatif, le genre de Noirs que les Blancs détestent». «Je suis si rapide que je peux éteindre la lumière et être dans mon lit avant qu’il fasse noir», déclara-t-il un autre jour. «Quand je serai parti, la boxe ne sera plus rien».
Pour un peu, on pourrait se dire qu’en un siècle, rien n’a changé dans le monde de la boxe. En juin 1899 à Coney Island, un Américain et un Britannique se disputaient le titre unifié des poids lourds. Cent ans plus tard, la même scène se reproduisait à Las Vegas. Seule différence de taille, les deux premiers – James Jeffries dit le «Grizzly» et Bob Fitzsimmons «le Monstre combattant» – étaient Blancs. Jeffries l’emporta. Les deux suivants, Evander Holyfield et Lennox Lewis, étaient Noirs. Lewis redonna le titre mondial des lourds à un Anglais après un siècle de monopole américain. Le premier titre mondial des lourds avait été enlevé par un Noir en 1908. Hormis cela, la boxe du XIXe siècle — son lot de corrompus et de corrupteurs, de tragédies et de héros de toutes les origines et de toutes les...