Création d’Aventis, fusion des activités nucléaires de Siemens et Framatome, union de Dasa et Aérospatiale : les mariages franco-allemands se multiplient, mais les cultures d’entreprises restent très différentes, conduisant parfois à de graves malentendus. Le plus fréquent d’entre eux est provoqué par le sens que chacun donne au mot «concept», estime Ursula Mayer, responsable du service de communication de la filiale allemande de Peugeot, basée à Sarrebruck (ouest). Pour les Allemands, un «Konzept», c’est un plan déjà très détaillé de toutes les étapes d’un projet. «Il est arrivé à plusieurs reprises qu’une délégation allemande se soit rendue en France, trois gros classeurs sous le bras, pour présenter son “Konzept”». «Les Français, beaucoup moins préparés, se sont sentis complètement écrasés», se souvient Mme Mayer. Car pour eux, «présenter un concept, c’est seulement faire un brainstorming», explique Alexander Wurz du cabinet de consultants, JPB-La synergie France-Allemande. «Cette attitude des Français peut alors renforcer auprès de leurs collègues non informés un préjugé commun Outre-Rhin, selon lequel ils ne sont pas sérieux, voire légèrement filoux», ajoute-t-il. Dans une entreprise allemande, on planifie tout avant de se mettre au travail, tentant de prévenir tous les petits imprévus, alors qu’en France, on se jette le plus vite possible dans la réalisation, relève JPB. Le cabinet a ainsi demandé à deux groupes d’étudiants en MBA de la prestigieuse école de Fontainebleau, l’INSEAD, l’un composé de Français, l’autre d’Allemands, de construire une pyramide avec des morceaux de sucre. Les premiers se sont tout de suite lancés dans cette tâche, alors que les seconds ont échangé leurs avis pendant plus d’un quart d’heure avant de se mettre à l’œuvre. «Pour motiver les Français, il faut leur donner un défi, même s’il paraît irréalisable», note Carola Gahwen, chef de projet «coopération franco-allemande» du Français Valeo. «On pourrait résumer leur leitmotiv par cette phrase qui n’a d’ailleurs pas d’équivalent en allemand : impossible n’est pas français», résume M. Wurz. En Allemagne, en revanche, il est très mal vu de se retrouver pressé par le temps, cela laisse à penser que l’on s’est mal préparé. Ici, on travaille plutôt selon l’adage : «Sicher ist sicher. Doppelt gemoppelt halt besser (sûr, c’est sûr. Vérifier les choses deux fois, c’est mieux)». On cultive un véritable amour du détail, mais on manque de flexibilité : au moindre imprévu, les allemands sont désarmés. Autre caractéristique germanique : la grande distinction faite entre le temps libre et le travail. «Quand les Allemands sont au bureau ou en négociation, ils sont très sérieux et concentrés. Il n’y a pas de place pour les émotions», observe M. Wurz. Ils suivent la maxime «Arbeit ist Arbeit, Schnaps ist Schnaps» (le travail, c’est le travail, le Schnaps, c’est le Schnaps). «Les Français passent en revanche plus de temps à bavarder entre eux, faire des petites blagues», ajoute-t-il. Ils seront toutefois moins réticents à rester tard le vendredi soir, alors que pour un Allemand, le début du week-end est sacré. Dans tous les cas, Jochen-Peter Breuer, fondateur-gérant de JPB, avertit : «On met deux jours pour comprendre les différences, mais deux ans à les accepter. Et c’est seulement quand on est arrivé à ce stade que l’on peut profiter de la culture de l’autre».
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