Il n’a pas changé, ou presque, fidèle à son image et sa légende, le look légèrement revisité, avec quelques années de plus, mais on ne calcule plus après un certain âge, et quelques kilos de trop, mais on ne s’attarde plus sur ces détails, quand on aime… Il est venu, et c’est sans doute cela l’essentiel. Rêveur sachant faire rêver, «c’est une vocation», descendu de son nuage pour distribuer des bonheurs, partager des émotions, faire rougir les joues, «et certainement un don du ciel», il est venu rejoindre ces grands enfants qui l’attendent avec l’impatience des premières fois, et continuer à leur faire croire au Père Noël. Sans lui, le monde serait trop vide, les choses trop sérieuses, les enfants et les grands trop déçus. Sans lui, le sens, l’essence de la fête disparaîtraient et la crise économique s’aggraverait. S’il n’existait pas, il aurait fallu l’inventer… Mais comment inventer un personnage qui semble tellement sorti de nos imaginations les plus colorées, fruit parfait d’une envie, d’un besoin qui durent depuis la nuit des temps ? Et comment l’aborder, après cette absence ? La soirée est longue, le silence profond, rythmé par les battements d’un cœur impatient et la respiration d’une maison endormie. Auxquels viennent s’ajouter, un peu plus tard, et enfin, les signes d’une présence, un étrange fracas suivi de bruits épars, tissus froissés, objets déposés, mouvements trahissant des gestes lents mais sûrs. Retenir son souffle, tendre l’oreille, puis la tête, et le retrouver au même endroit, son lieu de prédilection, la discrète cheminée du salon, qui ne sert à rien d’autre qu’entretenir sa légende. Le retrouver après une séparation d’un an et l’entendre dire «Il fait chaud, chez vous !», en relevant ses longues manches en velours épais. «J’ai eu du mal à passer, cette fois-ci, sans doute les quelques kilos supplémentaires !». Le voilà à portée des yeux, du regard émerveillé. Sa garde-robe, immuable, redessinée par Castelbajac, lui va comme un gant. Avec ce rouge, qui remonte jusqu’à ces joues, ce blanc immaculé, poussières de neige ou morceaux de nuages déposés sur sa barbe amicale. Comme à son habitude, il ne vient jamais les mains vides, remplies par une pensée à chacun, devançant, devinant les rêves les plus fous, les attentes les plus secrètes, ou suivant, tout simplement, les instructions à la lettre, pour trouver et offrir l’impossible, mais a-t-il vraiment le choix ? «Les enfants deviennent de plus en plus exigeants. Autrefois, ils se contentaient de si peu. Mais tant que ça leur fait plaisir...». Touchantes attentions d’un être à qui l’on rend si peu hommage, le reste du temps, le reste d’une longue année où il part rejoindre nos mémoires silencieuses. Sa besogne achevée, les cadeaux déposés dans cet espace hospitalier, il retrouve enfin ce large fauteuil à une place, la sienne, qui l’accueille les bras ouverts, et s’y abandonne, fatigué, mais heureux. «Cette année a été particulièrement difficile, avoue-t-il de sa voix chantante. Il y a eu beaucoup trop d’enfants à consoler, de pays en crises économique, politique ou de conscience… De plus, le monde entier a tenu à célébrer cette fin de siècle d’une façon particulière, je devais être à la hauteur». Le monde à portée de main L’ami sans pays, sans nationalité, a toujours été un véritable citoyen du monde, reçu partout avec les honneurs d’un homme d’État sans frontières, homme d’états heureux, des tapis rouges – et verts – imaginaires, déployés à ses pieds, sapins de Noël aux mille feux et fanfares d’honneur, chants sacrés et religieux entonnés à son passage. L’ami, discret, qui voyage sans escorte, repart très vite, «je ne suis pas mondain !» vers d’autres cieux, hôte imprévisible devenu fantôme. «On raconte beaucoup d’histoires à mon sujet», poursuit-il. Des histoires de grands, racontées aux petits, et des contes d’enfants, écrivains précoces, imaginés, conservés dans leurs cahiers d’écoliers avant d’être envoyés «par avion» au correspondant du cœur. «Les lettres que je reçois durant l’année sont de merveilleux cadeaux, de véritables contes de fées», des petites fées clochettes aux cheveux dorés, et des «peter pans» qui n’ont pas encore grandi. «L’enfance est un pays que je ne me lasserai jamais de visiter». Il y viendra, reviendra chaque année, comme par magie, déposer un morceau d’âme, une empreinte de son sourire. «Je suis très organisé, et puis je connais les chemins, le monde, les gens par cœur». Un raccourci emprunté pour réussir à venir à bout de ce voyage annuel. «Personne ne peut faire le travail à ma place». Bien qu’il ait des collaborateurs formés à son école, il tient à mettre sa touche finale, être personnellement présent partout, tentant de contrôler, tant que possible, son image de marque. Alors, voir son image transformée en marque, sur des affiches géantes ou des labels de boîtes de conserve, et sans son accord, ne cesse de l’irriter. «J’ai été tellement copié, plagié, que j’ai pensé, un moment, me retirer». Impossible pourtant de quitter un habit qu’il a cousu de ses mains et qui a conquis le monde entier. Impossible de quitter une carrière qui a démarré… du plus loin qu’on se souvienne. «Je n’aime pas parler de mon passé», confie-t-il, pudique, les joues encore plus rouges, mettant fin à des questions pas encore formulées. «Et je n’aime pas les interviews !». C’est sans doute pour cette raison qu’il a créé un site sur Internet, «afin d’établir et poursuivre la communication». Pour le reste, les livres sont là, sans doute plus bavards que lui, écrits dans toutes les langues de l’amour, et surtout la trace de son passage, une émotion particulière. Et puis des projets, nombreux, qu’il a plein la hotte et le même désir «Continuer, continuer, continuer», indéfiniment. Le Père Noël est reparti, sur son traîneau supersonic, bien évidemment, laissant dans cette pièce abandonnée des sourires rouges et blancs. La trace de ses grands pas dans la neige imaginaire montrent bien qu’il est passé par notre cœur. En les suivant, on arrive très vite aux étoiles.
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