La présidente du Sri Lanka Chandrika Kumaratunga a obtenu hier un second mandat à la tête de l’État après avoir de justesse échappé à un attentat commis par les séparatistes tamouls qui en définitive a mobilisé l’électorat en sa faveur. Néanmoins, des observateurs indépendants ont dénoncé des fraudes à grande échelle au cours du scrutin de mardi et ont également exigé que les résultats dans les provinces du nord-est du pays soient annulés en raison, selon eux, d’irrégularités patentes. Mme Kumaratunga, qui avait été blessée au visage à la suite de l’attentat suicide commis samedi à la fin de son dernier rassemblement électoral, a remporté 4,24 millions de voix, soit 51,37 % des suffrages exprimés, obtenant ainsi sa réélection sans coup férir. Son principal rival, Ranil Wickremesinghe, du Parti national uni (UNP), arrive en seconde position avec 3,55 millions de voix, soit 43 % des suffrages, ont indiqué les responsables de la commission électorale. Dans les derniers jours de la campagne, de nombreux observateurs avaient placé M. Wickremesinghe en tête des intentions de votes jusqu’à ce que survienne l’attentat contre Mme Kumaratunga. Cette action spectaculaire semble bien lui avoir sauvé la mise dans un combat électoral dont l’issue paraissait douteuse. La communauté cinghalaise, qui représente la majorité de la population, était divisée entre les deux principaux candidats, mais l’attentat a permis à la présidente sortante de mobiliser sur son nom les électeurs indécis. Du coup, ce phénomène a mis en lumière un fort courant anti-Kumaratunga chez les Tamouls, relèvent les observateurs. Parmi les 11 autres candidats à la fonction présidentielle, seule la candidate du parti marxiste JVP, Nandana Gunathilaka, a réussi a sortir du lot en obtenant un peu moins de 5 % des suffrages. La réélection de Mme Kumaratunga pourrait être le signal d’une intensification du conflit entre les troupes gouvernementales et les membres du mouvement de Libération des Tigres de l’Eelam tamoul (LTTE) accusés de l’attentat suicide de samedi. La guerre civile déclenchée par l’organisation des Tigres, qui veut arracher l’indépendance des provinces du nord-est du Sri Lanka, a causé plus de 55 000 morts depuis 1972. À la veille du scrutin, Mme Kumaratunga, portant encore les pansements, était apparue à la télévision pour lancer un appel à l’unité de tous les Sri Lankais afin d’effacer la «politique de terreur» des LTTE. Selon la commission électorale, la participation atteint 75 % des 11,77 millions d’électeurs inscrits en dépit des menaces d’attentats. Les mesures de sécurité ont été draconiennes tout au long des neufs heures d’ouverture des bureaux de vote. Cependant, sept personnes ont été tuées au cours de diverses violences. «De façon générale, cette élection s’est déroulée de manière correcte», a déclaré le responsable du scrutin D. M. Dassanayake. Toutefois, le Centre d’observation des violences électorales (CMEV), indépendant du pouvoir, a affirmé que ce scrutin avait été entaché par une fraude à grande échelle. Le CMEV affirme que le scrutin devrait être «annulé» dans les provinces à majorité tamoule du nord-est du pays. Conformément à la loi Sri Lankaise, Mme Kumaratunga, qui a provoqué cette élection anticipée, entamera cependant son second mandat de six ans en novembre seulement au terme normal du premier.
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