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Actualités - Chronologie

Premier candidat musulman, la Turquie compte préserver sa différence

Premier pays musulman désigné candidat à l’Union européenne, la Turquie, dont plus de 95 % du territoire est situé en Asie, est déterminée à préserver sa différence dans sa quête d’une adhésion. «La Turquie n’est pas un candidat quelconque. Elle a sa propre culture et identité qui diffère de celles des autres candidats (...) Il n’est pas question qu’elle y renonce», a lancé le ministre des Affaires étrangères Ismail Cem. «Nous allons apporter une contribution originale à l’Union par notre identité culturelle et en procédant à une synthèse entre l’Occident et l’Orient, la chrétienté et l’islam», a-t-il ajouté avec ambition. Plusieurs voix se sont élevées, en France notamment, pour critiquer au nom de la géographie ou de la religion la décision prise vendredi par l’UE lors de son sommet à Helsinki de reconnaître à la Turquie le droit d’être membre à terme de la famille européenne. La population turque est musulmane à 99 %, même si son État est laïc, et 3 % du territoire est situé sur le continent européen, selon les chiffres officiels turcs. Pour l’ex-président français Valéry Giscard d’Estaing, «la Turquie n’a pas sa place en Europe (...) car elle est située en Asie». Pour d’autres ténors de la droite française, une adhésion de la Turquie remettrait en cause «l’identité culturelle» de l’UE, une allusion à sa religion. L’affaire est pourtant censée être close depuis Helsinki. Le président français Jacques Chirac y a lui-même déclaré que «la Turquie, par son histoire, sa géographie et ses ambitions est européenne». En Turquie même, le débat sur l’identité culturelle est l’une des nombreuses interrogations qui tiraillent un pays musulman mais dirigé par un État laïc, développé à l’Ouest mais sous-développé dans un sud-est déchiré par 15 ans de guérilla séparatiste kurde, qui entretient des relations difficiles avec ses voisins arabes et iranien bien qu’il partage historiquement avec eux une base culturelle et religieuse commune. À l’appui de son caractère européen, la Turquie fait volontiers valoir que son père fondateur Mustafa Kemal Ataturk a résolument tourné le pays vers l’Europe en créant une République laïque qui a mis fin au pouvoir des religieux, dévoilé les femmes, leur a accordé le droit de vote et a supprimé l’écriture arabe pour l’alphabet latin. Avant cela, l’Empire ottoman se tournait déjà vers l’Europe pour s’en inspirer dans sa politique de réformes (Tanzimat), alors qu’il régnait encore sur les Balkans. Mais pour l’heure, le débat sur l’identité n’est pas à l’ordre du jour en Turquie, car l’un des premiers effets du sommet d’Helsinki aura été de panser la blessure infligée par le rejet de l’UE au sommet de Luxembourg en 1997. La question primordiale porte sur les conséquences de la candidature à l’UE aux plans politique et économique, vu les bouleversements requis pour remplir les critères d’adhésion, et sur la façon ou le rythme auquel vont être menées les réformes indispensables. «La question la plus importante maintenant pour la Turquie est d’ouvrir les négociations d’adhésion le plus rapidement possible», relevait le quotidien libéral Radikal. Mais le «oui» européen n’aura pour autant pas dissipé toute la méfiance turque envers les intentions de l’Europe, ancrée dans le traumatisme du dépècement de l’Empire ottoman entre les puissances qui s’étaient partagées la Turquie avant la guerre de libération lancée par Ataturk. «La candidature accordée à la Turquie avec des conditions supplémentaires est un piège évident», estimait ainsi après le sommet le quotidien kémaliste Cumhuriyet.
Premier pays musulman désigné candidat à l’Union européenne, la Turquie, dont plus de 95 % du territoire est situé en Asie, est déterminée à préserver sa différence dans sa quête d’une adhésion. «La Turquie n’est pas un candidat quelconque. Elle a sa propre culture et identité qui diffère de celles des autres candidats (...) Il n’est pas question qu’elle y renonce», a lancé le ministre des Affaires étrangères Ismail Cem. «Nous allons apporter une contribution originale à l’Union par notre identité culturelle et en procédant à une synthèse entre l’Occident et l’Orient, la chrétienté et l’islam», a-t-il ajouté avec ambition. Plusieurs voix se sont élevées, en France notamment, pour critiquer au nom de la géographie ou de la religion la décision prise vendredi par l’UE lors de son sommet...