Pour ou contre le retrait du Golan ? Cette question déchirait hier les Israéliens à la veille d’un débat de la Knesset sur les négociations de paix avec la Syrie que le Premier ministre Ehud Barak doit entamer mercredi à Washington. Les représentants des colons juifs de Cisjordanie et de la bande de Gaza et ceux du Golan ont annoncé la création d’un état-major commun qui animera une vaste campagne d’information et de manifestations contre l’évacuation. Symboliquement, la municipalité de Katzrin, chef-lieu des colonies juives du Golan, a avancé à hier l’inauguration d’un quartier de 300 logements initialement prévue dans un mois. «C’est notre réponse aux déclarations de Barak», a indiqué le maire de la ville Samy Bar-Lev. Samedi, plus d’un millier de colons s’y étaient rassemblés pour dénoncer «la folie obsessionnelle de Barak» et annoncer «une manifestation monstre» lundi devant la présidence du Conseil à Jérusalem en lever de rideau d’un débat à la Knesset sur la réouverture du dialogue avec Damas. M. Barak, qui souffre d’une grippe comme plusieurs ministres, a annulé hier la séance hebdomadaire du cabinet. Signe que le débat au Parlement s’annonce houleux, le chef de l’opposition Likoud (droite) Ariel Sharon a accusé M. Barak d’avoir «capitulé» face aux pressions américaines et syriennes. Il joue d’une corde «sensible», car ses compatriotes associent le Golan aux âpres combats de juin 1967 et d’octobre 1993. La loi sur le référendum n’a pas encore été votée. En revanche, il est prévu qu’un retrait du plateau nécessiterait l’approbation de la majorité des 120 députés du Parlement. En 1981, la Knesset a étendu la loi civile israélienne au Golan, l’annexant ainsi de facto sans toutefois déclarer qu’il faisait partie du territoire d’Israël. À en croire un sondage du quotidien Yédiot Aharonot, publié hier, 54 députés sont hostiles au retrait et 53 l’approuvent, 12 se disant hésitants et un a refusé de répondre. Les sondages internes du Parti travailliste révèlent que pas moins de 60 % des Israéliens s’opposent au retrait, a indiqué hier la radio israélienne. Pour inverser la tendance, M. Barak se présentera comme Monsieur Sécurité, selon son bureau. La campagne d’opinion mettra en avant son passé de chef d’état-major et son entourage d’ex-hauts gradés de l’armée. «Barak trahit le Golan», indiquaient cependant des graffitis signés du mouvement hors la loi Kach découverts hier sur les murs de Jérusalem. Selon le journal Haaretz, le Shin Beth, service intérieur de sécurité, a prié M. Barak de réduire ses apparitions en public. À micros ouverts, la radio israélienne a invité hier ses auditeurs à proposer leurs slogans en vue du référendum qui tranchera du sort de la région. «La paix sur un plateau», a suggéré un auditeur. «Le Golan : notre maison, votre eau», a dit un autre. Israël puise un tiers de ses ressources en eau dans le lac de Tibériade alimenté par le Jourdain qui trouve ses sources au Liban et dans le Golan. Quelque 17 000 colons juifs vivent dans 33 implantations du Golan. La presse israélienne a évalué de 13 à 18 milliards USD le coût du démantèlement de ces colonies et l’indemnisation de leurs habitants ainsi que le redéploiement de l’armée israélienne sur de nouvelles lignes.
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