Comparé au Midas de l’Antiquité, qui transformait tout ce qu’il touchait en or, présenté par la presse comme «l’un des grands banquiers du siècle» et «l’un des hommes les plus riches au monde», Edmond Safra est né à Beyrouth en 1932, où sa famille s’était installée après la fin de la Première Guerre mondiale, en provenance d’Alep. Les activités bancaires sont bien établies dans la famille et il en hérite. Sa famille avait bâti sa fortune sur le financement des caravanes de chameaux entre Istanbul, Alep et Alexandrie dans l’Empire ottoman. Ses jeunes frères, Joseph et Moïse, seront également banquiers. Au cours d’une carrière professionnelle qui s’étend sur 50 ans, il aura lui-même fondé rien moins que trois banques. Mais sa renommée internationale et ses luxueuses résidences aux États-Unis, à Genève, à Monaco, sur la Côte d’Azur (à Villefranche-sur-Mer), où il était propriétaire de la somptueuse villa «La Léopolda», ne l’empêchaient pas de garder bien ancré son attachement pour le Liban. Son père, Yaacoub Safra, avait fondé à Beyrouth une des première maisons de change du Liban en 1920, l’année même de la création de l’État du Grand Liban sous mandat français. Aujourd’hui encore, une petite banque, le Crédit national, fondée en 1959, fait toujours partie du groupe Safra, bien que ses fonds soient exclusivement libanais. Elle emploie 19 personnes. En outre, un immeuble du centre-ville porte toujours le nom de Safra, et le Crédit national a en principe l’intention d’en faire le siège principal de la banque. Selon les employés du Crédit national, Edmond Safra n’était plus venu au Liban depuis 35 ans. Une carrière commencée à 16 ans Mais selon un diplomate libanais à la retraite, autrefois en poste au Brésil, Edmond Safra et sa famille avaient toujours renouvelé leurs passeports libanais. La carrière d’homme d’affaires d’Edmond Safra commence très tôt. Fort de la culture familiale, il est envoyé dès 16 ans à Milan pour monter une société de négoce. En 1953, sa famille émigre au Brésil où elle se livrera aussi à des activités de négoce. En 1962, Edmond Safra vend ses intérêts brésiliens à ses frères et choisit de s’installer en Suisse où il se lance dans la banque privée. Ses débuts américains seront modestes. Il ouvre une petite banque de détail en 1966, la Republic National Bank of New York, qu’il développe avec des méthodes aussi originales qu’agressives. Il n’hésite pas ainsi à distribuer des téléviseurs pour attirer les déposants. L’établissement se lance aussi dans le négoce d’or, dont il deviendra un des principaux acteurs sur la place new-yorkaise dans les années 80. En 1984, il revend sa société suisse, la Trade Development Bank, à American Express pour 550 millions de dollars. Les relations entre les deux parties tournent à l’aigre et Edmond Safra devra se défendre d’accusations de blanchiment d’argent sale. L’affaire, qui fait grand bruit, se terminera six ans plus tard à son avantage, American Express acceptant de lui verser des dommages et intérêts estimés à 8 millions de dollars. La somme ira à une œuvre de charité. Et le financier créera en 1988 un nouvel établissement suisse spécialisé dans la gestion de fortune, Safra Republic Holdings. Mais la route d’Edmond Safra n’a pas été parsemée que de succès. La Republic National Bank of New York a été ébranlée l’an passé par la crise en Russie, pays où elle avait d’importants engagements, tout comme elle avait souffert de la crise de la dette latino-américaine dans les années 1980, après avoir beaucoup prêté à des pays comme le Brésil ou l’Argentine. Edmond Safra avait révélé l’an passé qu’il souffrait de la maladie de Parkinson, ce qui l’a peut-être amené à décider la vente de son empire. Annoncée en mai, la transaction avec HSBC a paru menacée par l’enquête visant un gestionnaire, gros client du pôle courtage de la Republic National Bank of New York, accusé d’avoir escroqué des investisseurs japonais de près d’un milliard de dollars. Geste inhabituel Geste inhabituel, le financier avait accepté le mois dernier de réduire de 450 millions de dollars la part du produit de la vente (près de dix milliards de dollars) de la banque qui devait lui revenir pour faire avancer les choses. Aucune charge n’a été retenue contre l’établissement, qui a accepté de coopérer avec la justice américaine. Présenté comme «un homme mystérieux» de la finance, Edmond safra était surtout un banquier prudent, qui avait su gagner la confiance des milieux juifs orientaux qui avaient quitté leurs pays d’origine. Il avait tiré avantage de ce fait, et réussi à être l’un des rares points de rencontre entre la communauté juive d’Orient et les milieux d’affaires internationaux et arabes. Discret, courtois, ayant toujours un mot aimable, Edmond Safra était marié à une Brésilienne, mère d’une fille née d’un mariage précédent. Lui-même n’avait pas d’enfant. Il n’a désigné aucun héritier direct. Hier, son rêve de créer une «dynastie bancaire qui durerait dix mille ans» a tourné court.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Comparé au Midas de l’Antiquité, qui transformait tout ce qu’il touchait en or, présenté par la presse comme «l’un des grands banquiers du siècle» et «l’un des hommes les plus riches au monde», Edmond Safra est né à Beyrouth en 1932, où sa famille s’était installée après la fin de la Première Guerre mondiale, en provenance d’Alep. Les activités bancaires sont bien établies dans la famille et il en hérite. Sa famille avait bâti sa fortune sur le financement des caravanes de chameaux entre Istanbul, Alep et Alexandrie dans l’Empire ottoman. Ses jeunes frères, Joseph et Moïse, seront également banquiers. Au cours d’une carrière professionnelle qui s’étend sur 50 ans, il aura lui-même fondé rien moins que trois banques. Mais sa renommée internationale et ses luxueuses résidences aux...