Les jeunes Chypriotes, grecs ou turcs, veulent regarder au-delà de la ligne de démarcation qui sépare, depuis 1974, l’île en deux et fait de Nicosie la dernière capitale divisée du monde. Mais ils doivent pour cela non seulement faire disparaître la ligne de barbelés qui serpente à travers l’île mais aussi le mur de la haine et de la suspicion entretenu par les systèmes éducatifs et les classes politiques des deux communautés. Les jeunes n’ont de souvenir des violences internes et de l’occupation turque du nord de Chypre en réponse à un coup d’État nationaliste des Chypriotes-grecs qu’à travers les récits de leurs parents. Chaque communauté diabolise l’autre. Ainsi, la mère d’Ahmed, un jeune Chypriote-turc, lui dit souvent qu’elle se cachait à la vue des Chypriotes-grecs croyant qu’ils «la cherchait pour la tuer», pendant les violences intercommunautaires des années 60. Le grand-père de Mikhait lui, rappelle son équipée pour aller chercher deux vaches dans le secteur sous occupation turque, après l’invasion de 1974 «dormant le jour et marchant la nuit pour échapper aux soldats turcs». Les uns et les autres passent sous silence l’histoire de la coexistence pacifique entre les deux communautés, et les écoles de chaque communauté entretiennent le souvenir de ses propres martyrs sans jamais évoquer les Turcs de l’autre bord. «Les autorités font passer des idées nationalistes» par l’éducation, s’insurge un syndicaliste de l’Union des enseignants chypriotes-turcs. Le chef de ce syndicat de gauche, Varol Oztug, affirme que beaucoup d’instituteurs préfèrent, pour ne pas se prêter à ce jeu, «enseigner aux élèves les faits bruts, sans commentaires». «Beaucoup d’enseignants disent à leurs élèves que les Turcs sont des démons qui ont commis des atrocités sans raison et que les Grecs n’ont jamais rien fait de tel», dit Demetrios, un lycéen chypriote-grec de 16 ans. Le désir de vivre ensemble prédomine pourtant chez les jeunes. Niskhet, Chypriote-turque de 14 ans, dit en rêver. «Nous devons apprendre à avoir confiance en l’autre et à se sentir en sécurité ensemble», estime-elle. Lena, 16 ans, militante chypriote-grecque de la réunification, mesure l’énormité des préjugés qui séparent les deux communautés en racontant sa rencontre, à Hawaï, avec une militante de la paix chypriote-turque. «Je lui ai dit que nous souffrons de la sécheresse dans le sud parce que toutes les précipitations sont drainées vers le nord et elle m’a répondu, qu’au nord, les gens expliquent le manque d’eau par le fait que le sud pompe tout». Selon les militants pour la paix des deux côtés, les médias et les classes politiques de la République de Chypre (sud) et de la République turque de Chypre du nord (RTCN), autoproclamée en 1983 et reconnue uniquement par Ankara, sont en partie responsables de la méfiance qui caractérise les relations entre les deux communautés. «Les attitudes vont changer lorsque notre génération arrivera aux affaires», assure Lena.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les jeunes Chypriotes, grecs ou turcs, veulent regarder au-delà de la ligne de démarcation qui sépare, depuis 1974, l’île en deux et fait de Nicosie la dernière capitale divisée du monde. Mais ils doivent pour cela non seulement faire disparaître la ligne de barbelés qui serpente à travers l’île mais aussi le mur de la haine et de la suspicion entretenu par les systèmes éducatifs et les classes politiques des deux communautés. Les jeunes n’ont de souvenir des violences internes et de l’occupation turque du nord de Chypre en réponse à un coup d’État nationaliste des Chypriotes-grecs qu’à travers les récits de leurs parents. Chaque communauté diabolise l’autre. Ainsi, la mère d’Ahmed, un jeune Chypriote-turc, lui dit souvent qu’elle se cachait à la vue des Chypriotes-grecs croyant qu’ils «la...