Près de vingt ans après le début de l’épidémie de sida – et alors que le fossé sanitaire semble se creuser irrémédiablement entre les pays occidentaux et les pays en développement – la lutte contre le virus passe par une très délicate bataille sur les prix des médicaments. Les grandes associations de défense des malades et les organisations non gouvernementales, françaises notamment, veulent profiter de la tenue, à Seattle, de la conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour plaider la cause des pays les plus touchés, qui sont souvent aussi les plus pauvres de la planète et n’ont souvent même pas accès aux médicaments de base. Cibles principales des associations : les laboratoires pharmaceutiques, accusés de maintenir à un niveau «prohibitif» le prix de leurs médicaments, et l’accord sur les droits de propriété intellectuelle, qui, à l’échelle mondiale, protège la propriété intellectuelle et industrielle. En vertu de cet accord, les brevets sur les médicaments détenus par les compagnies pharmaceutiques restent sous leur contrôle pendant vingt ans... Sur le papier, deux dispositions légales permettent cependant de contourner l’obstacle : les licences obligatoires et les importations parallèles. Les premières permettent à un pays de produire un médicament en échange d’une faible rétribution versée au détenteur du brevet. Mais les pays comme l’Inde, l’Afrique du Sud ou la Thaïlande, qui tentent d’appliquer ce droit, sont l’objet de menaces de rétorsions commerciales de la part des États-Unis où se trouvent les principaux laboratoires pharmaceutiques. «Ainsi, raconte cette semaine dans “le Lancet” le Dr David Wilson, de Médecins sans Frontières, la Thaïlande, où un million de personnes sur soixante et un sont infectées, a dû renoncer à produire elle-même ses médicaments car les États-Unis menaçaient de surtaxer les importations de bois et de bijoux». Et comme les États-Unis sont destinataires d’un quart des exportations thaïlandaises, ajoute-t-il, le projet a été enterré. L’autre option, les importations parallèles, consiste à acheter en gros les médicaments d’un pays où ils sont vendus moins chers. Utiles dans le combat contre le sida, ils ne concernent cependant pas les antiviraux. Ces médicaments, seul moyen de ralentir la progression de la maladie, sont en effet vendus partout à des prix élevés. Seuls pourraient bénéficier de cette disposition les traitements permettant de soigner les maladies dites «opportunistes» – comme la tuberculose, les pneumonies ou les diarrhées – qui profitent de l’état de faiblesse du malade pour attaquer. Sans vaccin, avec une prévention qui, selon les pays, stagne ou recule, le combat contre la maladie ne peut que passer par une baisse des prix des traitements. L’Onusida et l’OMS planchent depuis des mois sur le dossier, mais soulignent aussi que les laboratoires qui travaillent sur le sida sont peu nombreux et qu’il ne convient donc de ne pas les décourager.
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