Le président yougoslave Slobodan Milosevic a rejoint le rang des bêtes noires des États-Unis, qui ont pour tradition de diaboliser les dirigeants étrangers auxquels ils s’opposent. Mercredi, le président Bill Clinton a dressé un parallèle avec la situation d’avant la Deuxième Guerre mondiale en demandant : «Que se serait-il passé si on avait écouté Winston Churchill et affronté Adolf Hitler plus tôt? Combien de vies auraient pu être sauvées ?». Bien entendu, l’ennemi suprême des États-Unis reste le président irakien Saddam Hussein, surnommé ici «le boucher de Bagdad» pour avoir lâché des armes chimiques notamment sur ses populations kurdes et avoir laissé l’embargo affamer son peuple en rejetant des inspections de désarmement de l’Onu. Vient ensuite le dirigeant «terroriste» libyen Mouammar Kadhafi, cible du bombardement américain de 1986 et qui a refusé pendant longtemps l’extradition de deux Libyens inculpés dans l’attentat de Lockerbie contre un Boeing 747 de la PanAm. Plus près d’ici, Fidel Castro, «un dictateur implacable», dont le régime communiste, à 200 km à peine des côtes américaines, continue d’être vécu comme une humiliation permanente pour les administrations successives depuis la révolution castriste de 1959. Les États-Unis ont réussi à capturer une autre de ces bêtes noires. L’ancien dictateur du Panama, Manuel Noriega, croupit dans une prison américaine, où il purge une peine de 40 ans de prison pour trafic de drogue et blanchiment d’argent sale. Le général fut arrêté en décembre 1989 par les troupes américaines après une invasion militaire du Panama, avant d’être ramené à Miami pour y être jugé. Affubler l’ennemi de surnoms peu sympathiques aide d’ailleurs dans la stratégie de démonisation, telle qu’elle est pratiquée aux États-Unis. Tel celui de «nain communiste fumant comme un pompier» attribué par le commentateur Pat Buchanan à l’ancien dirigeant chinois Deng Xiaoping. Il y eut aussi l’ayatollah Khomeiny en Iran, qui incarna l’antiaméricanisme de la révolution islamique de 1979, le despote ougandais Idi Amin Dada, aujourd’hui en exil en Arabie séoudite, et le dictateur khmer rouge Pol Pot. La confusion règne parfois, lorsque certains passent du statut d’ennemi à celui d’amis et vice versa. Ainsi, Slobodan Milosevic, un temps qualifié de «criminel de guerre» durant la guerre en Bosnie (1992-1995) fut invité en tant qu’homme de paix pour signer en 1995 aux États-Unis les accords de paix à Dayton. C’était l’époque où Richard Holbrooke le qualifiait d’«aimable voyou». Saddam Hussein lui-même a reçu le soutien américain durant le conflit qui l’a opposé à l’Iran et Noriega a travaillé pour les services secrets américains. Toutefois, la tendance à diaboliser brouille les enjeux de la politique étrangère, explique un expert militaire de l’Université américaine, à Washington, Michael Salla. «Ces hommes, qu’ils soient présidents ou dictateurs, sont dans la plupart des cas des gens peu scrupuleux qui maltraitent leur propre peuple et, parfois, ont des raisons de faire ce qu’ils font», dit-il. «Par conséquent, en utilisant des images d’ennemi, on peut avoir grosso modo raison, mais on perd de vue l’origine du vaste soutien dont ils bénéficient» au plan intérieur.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le président yougoslave Slobodan Milosevic a rejoint le rang des bêtes noires des États-Unis, qui ont pour tradition de diaboliser les dirigeants étrangers auxquels ils s’opposent. Mercredi, le président Bill Clinton a dressé un parallèle avec la situation d’avant la Deuxième Guerre mondiale en demandant : «Que se serait-il passé si on avait écouté Winston Churchill et affronté Adolf Hitler plus tôt? Combien de vies auraient pu être sauvées ?». Bien entendu, l’ennemi suprême des États-Unis reste le président irakien Saddam Hussein, surnommé ici «le boucher de Bagdad» pour avoir lâché des armes chimiques notamment sur ses populations kurdes et avoir laissé l’embargo affamer son peuple en rejetant des inspections de désarmement de l’Onu. Vient ensuite le dirigeant «terroriste» libyen Mouammar Kadhafi,...