La Chine a durci le ton face aux pays occidentaux, s’alignant de plus en plus sur la position russe à propos du Kosovo, pour contrebalancer l’influence croissante des États-Unis sur la scène internationale. «Pékin ne peut accepter un élargissement graduel du champ d’action de l’Otan et une diminution croissante du rôle du Conseil de sécurité de l’Onu», relève un diplomate occidental à Pékin. «Toute action militaire contre la République fédérale de Yougoslavie sans autorisation du Conseil de sécurité constituerait une grave violation de la Charte des Nations Unies et des principes établis du droit international», a pour sa part estimé l’ambassadeur de Chine à l’Onu Qin Huasun, peu après l’annonce mardi par l’Otan de sa décision de lancer des frappes aériennes contre la Yougoslavie. Il a ajouté qu’en sa qualité de président du Conseil de sécurité, il avait informé par lettre les quatorze autres membres du Conseil «de la possibilité d’une réunion du Conseil n’importe quand à partir de maintenant». La Chine n’a cessé, au cours des derniers jours, de répéter son opposition de principe à toute intervention militaire en Yougoslavie et d’appeler les pays occidentaux à privilégier une solution politique au problème du Kosovo. Mais au-delà de cette position de principe, la Chine admet désormais de plus en plus ouvertement son inquiétude face à un développement du rôle de l’Otan, une organisation qui, selon elle, aurait dû être dissoute après la fin de la guerre froide. Selon une source diplomatique européenne, des officiels chinois auraient récemment reproché en privé aux Européens de «faire le jeu des Américains» en acceptant de court-circuiter le Conseil de sécurité sur le Kosovo. «Les Chinois mettent l’accent sur le partenariat stratégique étroit qu’ils entretiennent avec Moscou sur la question du Kosovo, mais également sur l’Otan», ajoute la même source. Malgré l’absence d’enjeux directs pour Pékin, la situation au Kosovo est suivie très étroitement par la presse officielle chinoise qui a rapporté fidèlement le moindre développement intervenu ces derniers jours et en particulier toutes les prises de position russes. «Un certain nombre de pays, dont la Russie et la Chine, s’opposent fermement à la possibilité d’une intervention militaire au Kosovo», relevait mercredi l’agence Chine nouvelle dans un article mentionnant également la possibilité d’une révision de l’attitude de Moscou face à l’Otan, voire même d’une éventuelle aide militaire russe à la Yougoslavie en cas de frappes aériennes. La Russie a signé en mai 1997 un Acte fondateur avec l’Alliance atlantique qui régit sa coopération avec cette organisation et s’est notamment traduit par la mise en place d’un Conseil conjoint dont le rôle est consultatif. Elle est également membre du Partenariat pour la paix auquel elle a adhéré en juin 1994. L’élargissement de l’Otan à l’Est mais surtout les premières manœuvres militaires occidentales au Kazakhstan en septembre 1997 dans le cadre du Partenariat de la paix ont donné des sueurs froides à Pékin, qui estime qu’il s’agit d’une intrusion directe dans sa zone naturelle d’influence, estiment les experts diplomatiques. Mais les autorités chinoises redoutent également que l’intervention militaire de l’Otan au Kosovo au nom de l’urgence humanitaire ne constitue un précédent et que sous prétexte de violations des droits de l’homme ou de tout autre motif, les États-Unis puissent un jour décider d’intervenir en Chine. Le problème du Kosovo, a rappelé mardi le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Sun Yuxi, constitue «une affaire intérieure de la République fédérale yougoslave». La Chine, a-t-il ajouté, considère que le problème doit être réglé «par le dialogue sur la base du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriales de la Yougoslavie tout en sauvegardant les droits et les intérêts légitimes des différents groupes ethniques au Kosovo».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La Chine a durci le ton face aux pays occidentaux, s’alignant de plus en plus sur la position russe à propos du Kosovo, pour contrebalancer l’influence croissante des États-Unis sur la scène internationale. «Pékin ne peut accepter un élargissement graduel du champ d’action de l’Otan et une diminution croissante du rôle du Conseil de sécurité de l’Onu», relève un diplomate occidental à Pékin. «Toute action militaire contre la République fédérale de Yougoslavie sans autorisation du Conseil de sécurité constituerait une grave violation de la Charte des Nations Unies et des principes établis du droit international», a pour sa part estimé l’ambassadeur de Chine à l’Onu Qin Huasun, peu après l’annonce mardi par l’Otan de sa décision de lancer des frappes aériennes contre la Yougoslavie. Il a ajouté...