Diderot adapté façon théâtre par Guy-Pierre Couleau et Philippe Mercier. Qui jouent avec jubilation le philosophe face au «Neveu de Rameau». Une pièce présentée deux soirs de suite au mini-Monnot, entendre au théâtre de poche, secteur USJ. Une heure vingt de bonheur linguistique et d’audace philosophique. Un dialogue sulfureux défendu magistralement par les interprètes. Philippe Mercier joue de la provocation jusqu’à la démence ; Guy-Pierre Couleau est pétri d’une sagesse confinant à l’hypocrisie. Ils représentent les deux faces d’une même personnalité. Une contradiction qui faisait dire à Diderot en 1769 : «J’enrage d’être empêtré d’une diable de philosophie que mon esprit ne peut s’empêcher d’approuver et mon cœur de démentir». Sur la scène du théâtre de poche, quelques chaises et une estrade centrale suffisent à figurer le décor du café de La Régence, ancien rendez-vous des amateurs d’échecs, près de l’Opéra. C’est là qu’a lieu la rencontre fictive entre le philosophe et le neveu de Rameau, le musicien. Il n’est pas exclu qu’en réalité le sage parle là à son double, en bon schizophrène avant la lettre. Pour Couleau cependant, c’est plutôt «le récit d’un promeneur solitaire, d’un homme qui en rencontre un autre. Qui en rêve un autre, en invente un autre, sous forme de pâle copie». Le neveu, accoutrement de clochard, regard égaré, déploie une impressionnante énergie. Son expression, tantôt enflammée tantôt affligée, n’est en tout cas jamais indifférente. «Pour être heureux, il faut être honnête», dit-il, reprenant l’adage populaire. Puis il commente : «J’en vois une quantité d’honnêtes gens qui ne sont pas heureux. Et une quantité de gens heureux qui ne sont pas honnêtes». Au discours vertueux, moralisateur à loisir du philosophe, le neveu répond : «On loue la vertu, mais elle gèle de froid». Adepte de la philosophie de Salomon, il parodie à merveille les bigotes et les hommes du monde. «Pourrir sous du marbre ou pourrir sous de la terre, c’est toujours pourrir», fait-il remarquer. D’un côté toute la circonspection, la retenue d’un homme, véritable animal social ; de l’autre une débauche, autant morale que physique. Mais qui saurait affirmer avec certitude de quel bord est la sagesse. Cet échange de maximes aborde des thèmes aussi différents que le génie, la misère, la richesse, les leçons d’accompagnement (très prisées dans la haute société), la vertu, la charité, etc. Chaque réplique est une pique, la dénonciation d’une société pétrie d’hypocrisie et de faux-semblants. «Chaque siècle a son esprit», écrit Diderot. «L’esprit du nôtre semble être celui de la liberté». C’est cette liberté qui caractérise la joute oratoire à laquelle se livrent le philosophe et le gueux. Le spectateur assiste à une partition verbale parfaitement synchronisée. Qui désencrasse les neurones, y soufflant un salutaire vent de contestation.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Diderot adapté façon théâtre par Guy-Pierre Couleau et Philippe Mercier. Qui jouent avec jubilation le philosophe face au «Neveu de Rameau». Une pièce présentée deux soirs de suite au mini-Monnot, entendre au théâtre de poche, secteur USJ. Une heure vingt de bonheur linguistique et d’audace philosophique. Un dialogue sulfureux défendu magistralement par les interprètes. Philippe Mercier joue de la provocation jusqu’à la démence ; Guy-Pierre Couleau est pétri d’une sagesse confinant à l’hypocrisie. Ils représentent les deux faces d’une même personnalité. Une contradiction qui faisait dire à Diderot en 1769 : «J’enrage d’être empêtré d’une diable de philosophie que mon esprit ne peut s’empêcher d’approuver et mon cœur de démentir». Sur la scène du théâtre de poche, quelques chaises et...