Le retour du châle, amorcé voilà quelques années, se précise. Après l’exposition «de prestige» que lui avait consacré le musée de la mode de Paris l’année passée au Palais Galliera, les créateurs l’introduisent dans des tenues actuelles. Pour «chauffer» un ensemble un peu terne mais aussi pour protéger contre un vent printanier ou les premiers vents d’automne. Le châle est un compagnon douillet et élégant. Pour les collectionneurs (il y en a plusieurs dans le monde), une boutique parisienne, unique dans la ville lumière, propose des pièces anciennes, très rares, dont le prix atteint parfois les 4000 dollars. Ces précieuses pièces d’étoffes, généralement d’origine indienne, étaient en fait fabriquées à Paris au XIXe siècle, à une échelle industrielle. Quatre cents «châliers» les assuraient à l’intention de l’Extrême-Orient et en particulier les Indes où cet effet vestimentaire constituait un objet précieux très recherché par la noblesse et les diverses cours. Aujourd’hui on en trouve encore quelques spécimens d’une rare beauté en laine ou en soie, à motifs de palmes, ornementation classique par excellence. Mais il existe aussi des châles en poils de chèvre, donc imperméables, que les patriciennes arboraient les jours de mousson. La mode des châles a été introduite à Paris au retour d’Égypte des troupes de Bonaparte. C’est Josephine la première qui, voulant plaire à Napoléon, en avait apporté une pièce acquise en Égypte, elle en a fait un accessoire favori, convenant parfaitement à la mode Empire. Durant le second Empire, le châle connaîtra sa période de gloire et ne sera expulsé de l’avant-scène que par l’avènement de la tournure, la jupe crinoline qui s’accommode mal avec lui. Au XIXe siècle, le châle faisait partie, avec les bijoux, les fleurs et les dentelles, des gages d’amour que le fiancé offrait à sa promise le jour des fiancailles. Il ne pouvait, toutefois, être étrenné qu’après les épousailles car seul le statut d’épouse permettait de le porter. À signaler que le prix d’un beau châle était très proche de celui d’un manteau de fourrure ou d’un diamant. Aujourd’hui, un châle cachemire et soie. (1,50 m x 3,50 m), tissé vers la fin du XIXe siècle, en bon état et à motifs classiques (palmes), coûte en principe entre 1500 et 2000 dollars. De quoi donner envie de farfouiller dans les greniers et les reliques familiales dans l’espoir de découvrir quelque réscapé, sauvé, comme Moïse, des eaux de l’oubli et de la moisissure.
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