La conception ancienne du «tiers-monde» a de plus en plus perdu sa signification. Ce monde là est en train de produire ses informaticiens, ses artistes, ses cinéastes, bref des savants et des génies qui n’ont rien de l’ancienne idée qu’on se faisait «des contrées lointaines». Ainsi, dans l’univers de la mode, Geetanjali Kashyap se distingue non seulement par la consonance indienne de son nom mais par l’originalité de son talent et sa vision esthétique. Cette jeune femme de trente-cinq ans représente l’Inde, son pays, à l’étranger, fait partie de tous les jurys internationaux importants, siège au conseil d’administration du National Institute of Technology. Elle est chargée très souvent de missions de confiance par les autorités indiennes dans le domaine du textile et de l’habillement. On vient de la désigner en tête du projet de réhabilitation et dynamisation de l’artisanat de Madhya Pradesh. «Quand j’ai commencé à m’intéresser à la mode, il n’y avait ni école, ni vraies boutiques dans mon pays», avoue-t-elle aujourd’hui. «En fait, il n’y avait même pas de signification face au terme styliste. Je suis donc une styliste autodidacte. Les vêtements que j’inventais pour moi avaient du succès». Tout, semble-t-il, a commencé par là. Toute jeune, toute frêle, dans un pays où les femmes sont éternellement mineures, elle crée sa propre griffe, aidée par son industriel de père, il faut l’avouer. Très connu dans les milieux du cinéma, cet industriel est un homme éclairé. Aujourd’hui, Geetanjali Kashyap est reconnue comme une créatrice exceptionnelle. «J’expérimente de nouvelles techniques de tissage, de teinture, de coupe, d’assemblage». C’est elle qui alimente une importante chaîne de magasins en Hollande mais aussi les Galeries Lafayette, en France. Auparavant, Chantal Thomas était une de ses fidèles clientes. «Le rouet qui orne notre drapeau, dit-elle, proclame que l’Inde reconnaît le textile comme un art vivant. Nous perpétuons, d’une manière contemporaine, une très ancienne tradition. Dix-huit millions de tisserands et des manufactures bien équipées sont là pour le prouver». Dans sa démarche de styliste, Geetanjali Kashyap et son époux Sumeet Nair, important importateur de prêt-à-porter en Inde, tentent la conciliation du goût occidental et de l’esthétique extrême-orientale. «Notre mode change, conclut la styliste, parlant de son pays, mais l’esprit, la silhouette, le port de tête ne s’occidentalisent pas, ils restent toujours les mêmes».
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