Les violents combats de ces derniers jours au Kosovo ont contraint des milliers de civils à fuir leurs foyers mais les pertes humaines sont relativement réduites, a-t-on déclaré mardi de source occidentale. «La semaine dernière, durant le week-end et jusqu’à aujourd’hui, nous avons assisté à une grave escalade de la violence et à une vague de déplacements de population dans plusieurs secteurs», a dit Paula Ghedini, porte-parole du Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) sur le terrain. Environ 9 000 personnes ont fui dimanche et lundi les villages pris sous le feu de l’artillerie yougoslave ou dans les combats entre forces serbes et séparatistes kosovars. Depuis le 23 février, on estime à 23 000 le nombre de civils qui ont fui les affrontements dans le secteur de Vucitrn, au nord de Pristina, la capitale provinciale, a ajouté Paula Ghedini. Si les combats ont causé d’importants dégâts matériels, les pertes civiles semblent peu élevées, a-t-elle poursuivi, l’armée yougoslave cherchant apparemment dans certains secteurs à éviter de toucher des non-combattants. «Jusqu’ici, on ne peut pas parler de véritable catastrophe humanitaire. Personne ne meurt de faim ou de froid et il y a très peu de pertes civiles», a expliqué Paula Ghedini. William Walker, qui dirige la mission internationale de contrôle de la trêve au Kosovo, a déclaré que les forces serbes intensifiaient progressivement leurs activités militaires mais gardaient un œil sur la réaction éventuelle des Occidentaux, alors que les discussions de paix ont repris lundi à Paris. «Les Serbes cherchent apparemment à voir jusqu’où ils peuvent aller et, jusqu’ici, ils n’ont pas franchi la ligne jaune. Il y a eu de plus en plus d’affrontements ces dernières semaines, il y a eu beaucoup de mouvements, mais tout le monde attend ce qui va se passer dans les négociations», a-t-il dit. Une relative modération L’attitude actuelle de l’armée yougoslave, sa relative modération, contraste singulièrement avec celle de l’an passé, lorsqu’elle avait mené contre les séparatistes albanais une offensive à outrance qui n’avait pas épargné les civils. «Les Serbes mènent de façon très professionnelle des opérations anti-guérilla et prennent garde à ne pas provoquer un drame humanitaire en forçant les gens à fuir leurs maisons», a déclaré un responsable de la mission de contrôle de la trêve. «L’armée établit un cordon autour d’un secteur et empêche les gens de s’en aller. La police spéciale est ensuite envoyée pour faire le travail» contre les combattants séparatistes, a-t-il ajouté. Selon les chiffres provisoires du HCR, 90 000 personnes ont fui leurs foyers depuis décembre, lorsque la trêve conclue deux mois plus tôt a été rompue. Il y a deux semaines, ce chiffre était estimé à 60 000. «Mais beaucoup de gens déplacés aujourd’hui le sont pour la troisième ou la quatrième fois, il est difficile de tenir des comptes, la situation est trop mouvante», a souligné Paula Ghedini. La semaine dernière, avant d’envoyer ses blindés à Hoca Zagradska, un village au sud de Prizren, dans le sud-ouest du Kosovo, l’armée yougoslave avait demandé aux civils de ne pas fuir, affirmant que l’opération était uniquement dirigée contre les forces de l’Armée de libération du Kosovo (UCK). Les villageois terrifiés n’ont pas tenu compte de cette consigne et ont pris la fuite, tandis que les blindés yougoslaves bombardaient un village voisin, Jezoro, tenu par l’UCK. Aujourd’hui, les deux tiers des 3 500 habitants sont rentrés chez eux. Dans certains secteurs, les employés du HCR se plaignent de ne pouvoir accéder aux populations civiles, forces serbes ou séparatistes kosovars bloquant les routes, comme dans la montagne de Cicavica, près de Vucitrn. À Genève, Kris Janowski, porte-parole du HCR, a déclaré que les combats qui se déroulent au Kosovo étaient les plus violents depuis des mois. «La situation sur le terrain est vraiment très grave, la plus grave probablement depuis le cessez-le-feu du 27 octobre dernier, avec des combats qui font rage dans de nombreux secteurs et qui s’étendent encore», a-t-il dit. «Nous ne sommes pas en mesure de dire qui provoque qui mais, au bout du compte, le résultat pour la population civile est désastreux, avec de plus en plus de gens déplacés», a ajouté le porte-parole du HCR.
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