Après six mois de trêve de l’Eta, le processus de paix au Pays basque (nord) reste dans une impasse totale alors que Madrid et les indépendantistes s’accusent mutuellement de saboter toute chance de déblocage de la situation. Le 16 septembre dernier, l’organisation séparatiste basque faisait naître un espoir de paix sans précédent en annonçant un cessez-le-feu illimité et inconditionnel, pour la première fois en 30 ans de lutte armée qui a fait près d’un millier de morts. Le 3 novembre, le chef du gouvernement espagnol José Maria Aznar donnait son feu vert à l’établissement de «contacts» avec l’entourage de l’Eta afin de sonder sa volonté réelle d’abandonner définitivement les armes. Ces contacts ont eu lieu, mais n’ont pas permis, au moins jusqu’ici, l’amorce d’un quelconque dialogue. Contrairement à l’Exécutif, l’Eta n’a toujours pas désigné «ses interlocuteurs» pour négocier, affirme le gouvernement en accusant l’organisation armée de rechercher l’indépendance plutôt que la paix. «Moi, je veux la paix. Eux, ils tentent d’obtenir l’indépendance en se faisant payer un prix politique pour cesser de tuer. C’est inadmissible», a déclaré récemment M. Aznar. Le gouvernement de centre droit, soutenu par l’opposition socialiste, rejette toute possibilité d’accorder le droit à l’autodétermination au Pays basque, expliquant que cette région jouit déjà d’un statut d’autonomie parmi les plus enviables en Europe. Pour forcer l’Eta à nommer ses interlocuteurs ou, au moins, montrer qu’il n’entend pas baisser la garde malgré la trêve, l’Exécutif a infligé la semaine dernière une série de coups très durs aux séparatistes. Une partie de la direction de l’Eta a été arrêtée à Paris, dont le responsable de son appareil militaire, Javier Arizcuren Ruiz, dit «Kantauri». Quelques heures après, était démantelé, au Pays basque espagnol, le «commando Donosti», un des plus meurtriers de l’organisation. Cette vague d’arrestations – 17 activistes interpellés au total – constitue la première grosse opération policière menée contre l’Eta depuis l’annonce du cessez-le-feu. Ce coup de filet a provoqué la colère des indépendantistes qui dénoncent «la stratégie de guerre» des États français et espagnol, visant, selon eux, à «dynamiter» le processus de paix. La seule «alternative» proposée par Madrid et Paris est «la guerre, la guerre et la guerre», a déclaré la coalition Herri Batasuna (HB), bras politique de l’Eta, en appelant la population basque à se mobiliser et à manifester dans la rue. Les séparatistes ont convoqué, samedi prochain à Bilbao, une grande «manifestation nationale». Quinze dirigeants de HB ont commencé dimanche une grève de la faim qui devrait se poursuivre jusqu’à samedi. Seul élément positif, malgré l’absence de progrès dans le processus de paix et les dernières arrestations, personne ou presque ne pronostique une reprise prochaine de la lutte armée de l’Eta, tant à Madrid que dans le camp des indépendantistes. En revanche, beaucoup s’attendent à une nouvelle recrudescence de la «guérilla urbaine» menée par les jeunes séparatistes du mouvement Jarrai, proche de l’Eta, et qui ne s’est jamais arrêtée malgré la trêve.
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