La Russie a accueilli vendredi avec amertume l’élargissement de l’Otan à trois pays d’Europe de l’Est, dénonçant une «erreur historique» de la part des Occidentaux. Vendredi matin, à quelques heures de l’adhésion officielle de la Hongrie, de la Pologne et de la République tchèque à l’Alliance atlantique, le ministère des Affaires étrangères a solennellement réitéré une position exprimée sans relâche depuis des années : «L’élargissement de l’Otan ne permettra pas de renforcer la confiance et la stabilité dans les relations internationales, mais, au contraire, peut créer de nouvelles lignes de fracture». «La position de Moscou sur l’élargissement, ajoute le texte, reste inchangée et négative». L’Alliance atlantique, aux yeux des Russes imprégnés de quatre décennies de guerre froide, est une machine de guerre américaine a priori hostile. La dissolution du pacte de Varsovie, estime Moscou, aurait dû entraîner celle de l’Otan. La classe politique, formée majoritairement à l’époque soviétique, est sur ce point à l’unisson de l’opinion publique. Raisonnant toujours en termes de blocs antagonistes, le responsable des questions internationales au ministère russe de la Défense, le général Leonid Ivachov, a estimé vendredi que l’élargissement de l’Otan créerait un déséquilibre des forces en Europe. «Lorsque l’équilibre des forces est rompu sur notre continent, il y a toujours des conflits et des guerres», a-t-il mis en garde. Gorbatchev : « Une trahison » Le chef du Parti communiste, Guennadi Ziouganov, a estimé que les seuls gagnants de l’élargissement seront les industriels occidentaux de l’armement : «Les Américains pourront créer quatre millions d’emplois supplémentaires», a-t-il dit. Tous les autres groupes parlementaires ont pareillement dénoncé l’élargissement de l’Otan. «Je me sens trahi par l’Occident», a déclaré pour sa part Mikhaïl Gorbatchev, l’homme dont l’action internationale permit la fin de la guerre froide. Dans une tribune publiée par des journaux américains, l’ancien numéro un soviétique assure que l’élargissement de l’Otan est «aussi humiliant» pour la Russie que le fut le traité de Versailles pour l’Allemagne à la fin de la Première Guerre mondiale, avec des «conséquences historiques bien connues». «Il semble y avoir en Occident un dessein secret (...) d’obtenir des avantages géopolitiques aux dépens de la Russie», ajoute M. Gorbatchev, prix Nobel de la paix 1990. Moscou, qui n’a pas eu les moyens de s’opposer à l’élargissement, n’entend toutefois pas en rester là. Les Russes réclament une révision du traité CFE de désarmement conventionnel en Europe afin de limiter les déploiements possibles d’armes sur le territoire des nouveaux pays de l’Otan. Le ministère russe des Affaires étrangères, dans son communiqué vendredi, appelle par ailleurs «tous les pays intéressés à élaborer rapidement et à adopter au sommet de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) en novembre de cette année une charte de sécurité européenne», qui définirait les conditions de la démocratie et de la sécurité sur le vieux continent. L’URSS puis la Russie, qui a hérité de son siège à l’OSCE, ont toujours souhaité voir cette organisation jouer un rôle plus important dans l’architecture de sécurité européenne. Moscou, enfin, a fait savoir qu’une éventuelle adhésion d’anciennes républiques soviétiques à l’Otan serait considérée comme un casus belli, remettant en cause les relations Est-Ouest dans leur ensemble. Les trois républiques baltes (Estonie, Lituanie, Lettonie) ont exprimé le souhait d’entrer à l’Otan, mais l’Alliance leur a conseillé la patience.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La Russie a accueilli vendredi avec amertume l’élargissement de l’Otan à trois pays d’Europe de l’Est, dénonçant une «erreur historique» de la part des Occidentaux. Vendredi matin, à quelques heures de l’adhésion officielle de la Hongrie, de la Pologne et de la République tchèque à l’Alliance atlantique, le ministère des Affaires étrangères a solennellement réitéré une position exprimée sans relâche depuis des années : «L’élargissement de l’Otan ne permettra pas de renforcer la confiance et la stabilité dans les relations internationales, mais, au contraire, peut créer de nouvelles lignes de fracture». «La position de Moscou sur l’élargissement, ajoute le texte, reste inchangée et négative». L’Alliance atlantique, aux yeux des Russes imprégnés de quatre décennies de guerre froide,...