La circoncision, une opération pratiquée sur la majorité des garçons américains dans les premiers jours après leur naissance, a subi un revers aux États-Unis où la toute-puissante association des pédiatres vient finalement de reconnaître qu’elle «n’était pas essentielle au bien-être de l’enfant». Les avantages potentiels pour la santé de cette opération, qui consiste à couper le prépuce, un repli de la peau qui recouvre le gland de la verge, «ne sont pas suffisants pour recommander une pratique habituelle de la circoncision après la naissance», a reconnu dans la revue Pediatrics une commission de l’Académie des pédiatres américains (AAP). «Maintenant que l’AAP a confirmé qu’elle n’avait pas de justification médicale, il est clair que (le respect) des droits de l’homme impose la suppression de cette procédure», a immédiatement affirmé le responsable de l’association Avocats pour les droits de l’enfant (ARC), Steven Svoboda. Les États-Unis sont le dernier des pays médicalement avancés à pratiquer cette opération sur la majorité des garçons pour des raisons non religieuses. Dans les années 1960, plus de 80 % des nouveau-nés y subissaient cette opération. En 1995, ils étaient 64 %, selon les derniers chiffres du Centre national des statistiques de santé. Plusieurs associations s’opposent depuis longtemps à cette pratique, certaines la comparant à l’excision, l’ablation du clitoris chez les filles. Sentiment d’infériorité «Nous reconnaissons maintenant que des traditions culturelles, religieuses ou ethniques ne justifient pas d’exciser une fille, (...) alors comment accepter de porter un couteau sur le pénis d’un garçon sans son consentement?», demande M. Svoboda. Pour lui, «le consentement des parents ne peut justifier l’ablation d’un tissu sain, que ce soit un doigt, un sein ou un prépuce, sans raison médicale valide». Un sondage publié en janvier dans un supplément du British Journal of Urology et réalisé auprès d’Américains circoncis pour des raisons non religieuses indiquait notamment que 60 % se sentaient mutilés et que la moitié avaient un sentiment d’infériorité par rapport aux non circoncis. Selon cette enquête, 61 % se plaignaient d’une perte progressive de sensibilité et 40 % déclaraient avoir des difficultés à atteindre l’orgasme. Sans aller jusqu’à imposer la circoncision, l’AAP soulignait dans ses prises de position précédentes que certaines études établissaient un lien potentiel entre le maintien du prépuce et des infections des voies urinaires ou un cancer du pénis. Mais, aujourd’hui elle reconnaît que ces risques sont mineurs. Elle met en revanche en cause la façon dont la circoncision est souvent pratiquée: dans 55 % des cas aucune anesthésie n’est réalisée lors de l’opération. Or, plusieurs études ont montré que «les nouveau-nés circoncis sans analgésiques ressentent de la douleur et une tension mentale», mesurées notamment par des changements du rythme cardiaque et de la tension artérielle, note l’AAP, qui recommande désormais une anesthésie locale. Elle ne donne pas d’autre conseil, et sur la circoncision elle-même, elle renvoie les partenaires face à face: «Nous encourageons les parents à discuter avec leur pédiatre (...) et à prendre ensuite une décision éclairée dans le meilleur intérêt de leur enfant».
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