Le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, qui a visité jeudi deux camps de réfugiés à Kukes, au nord de l’Albanie, et a rencontré les dirigeants albanais, tente de s’imposer comme un interlocuteur incontournable dans le règlement de la crise au Kosovo. «L’approbation possible d’une résolution du Conseil de sécurité de l’Onu doit créer la sécurité pour le retour des réfugiés chez eux», a affirmé M. Annan dont les déclarations sont rapportées dans un communiqué de la présidence albanaise. Dans ce même communiqué, le président albanais Rexhep Meidani a rappelé lors de son entretien avec le secrétaire général «la position de l’Albanie sur la présence d’une force internationale soutenue par l’Otan». M. Meidani a également mis en garde M. Annan contre les «expériences passées de sectorisation de cette force (allusion à la Bosnie) ne permettant pas de créer une atmosphère de sécurité favorable au retour des réfugiés». Alors que les dirigeants albanais se montrent méfiants à l’encontre de l’Onu, les responsables de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) sont ouvertement hostiles. «Le problème du Kosovo est sérieux, nécessite des moyens sérieux avec des gens sérieux et l’Onu n’est pas une organisation sérieuse, elle l’a prouvée dans le passé», a déclaré un responsable politique de l’UCK, M. Visar Reka. «Pour le Kosovo, la tragédie est immense et nous ne pouvons pas attendre que l’Onu se transforme afin d’être en mesure de résoudre nos problèmes», a-t-il ajouté. Toutefois la visite à Kukes de M. Annan a suscité la satisfaction des organisations non gouvernementales (ONG), qui réclament avec insistance que l’Onu soit maître d’œuvre des opérations humanitaires. M. Annan, arrivé à Kukes par hélicoptère, s’est d’abord entretenu avec les représentants des ONG et du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) ainsi qu’avec les autorités locales. Il s’est ensuite rendu successivement au camp de Kukes 2, géré par le HCR, puis à celui de Médecins sans frontières (MSF). À l’issue de cette visite, strictement minutée et effectuée sous bonne escorte, le secrétaire général des Nations unies a déclaré qu’il «espérait» que les réfugiés du Kosovo rentreraient chez eux «avant l’hiver». Insistant sur la nécessité du déploiement d’une force internationale au Kosovo pour assurer le retour des réfugiés dans la sécurité, il a toutefois évité de prononcer le nom de l’Otan. Le fait que M. Annan ait visité des camps non gérés par les militaires a été accueilli avec soulagement par les organisations humanitaires, qui ruent dans les brancards et réclament que l’Onu soit maître d’œuvre des opérations. MSF a estimé que le rôle joué par «l’une des parties prenantes du conflit, l’Otan» (qui compte 7 000 soldats en Albanie dans le cadre de l’opération Abri Allié), constituait «une sérieuse menace sur la nécessaire neutralité des opérations humanitaires». La visite de M. Annan est «extrêmement symbolique et démontre sa volonté de mettre tout son poids dans la balance pour aider les organisations humanitaires», a estimé un membre de MSF. «Nous n’avons pas, malgré des demandes de leur part, visité de camps gérés par des militaires, pour ne pas faire de mélange des genres», soulignait-on par ailleurs dans l’entourage de M. Annan. Dans les camps, M. Annan a visité la clinique de MSF, où il a parlé avec des malades, et signé un autographe sur le plâtre d’une jeune femme, blessée à la jambe par un tireur isolé serbe. Il est entré sous quelques tentes et a parcouru les allées, suivi par une foule de journalistes et de réfugiés, que les militaires tentaient rudement de tenir à l’écart. À l’issue de sa visite, M. Annan, qui a également rencontré le Premier ministre Majko Pandeli, a indiqué avoir entendu «des histoires à fendre le cœur». Il a jugé les conditions dans les camps «raisonnablement bonnes» et s’est dit «impressionné par la ténacité et le moral» des réfugiés. «J’espère qu’il nous protège réellement, que ce ne sont pas juste des phrases», a commenté l’un des réfugiés.
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