L’Allemagne et l’Italie se sont trouvées côte à côte lors d’un sommet bilatéral de Bari, au sud de l’Italie, pour pousser à une résolution des Nations-unies reprenant les conditions du G8 et accélérer la recherche d’une solution politique au conflit au Kosovo. La fin de la guerre «doit être recherchée à travers le dialogue et non pas à travers une victoire militaire», a déclaré le chef du gouvernement italien Massimo D’Alema, lors d’une conférence de presse marquant la fin du sommet. «Les actions militaires ne peuvent pas être une fin en soi mais un moyen pour arriver à une solution politique», a renchéri le chancelier allemand Gerhard Schröder. Une résolution des Nationsunies est «fondamentale pour ramener l’Onu au centre de la recherche d’une solution politique», a déclaré M. D’Alema. Contrairement à ce qu’avait annoncé la veille un porte-parole italien, les deux pays n’ont pas présenté de document commun pour éviter de semer la confusion. Rome espérait que Bonn reprenne à son compte une initiative de paix lancée dimanche par M. D’Alema. Mais M. Schröder a préféré en rester aux principes posés par le G8 à Bonn le 6 mai. Les conditions du G8 (retrait des forces serbes du Kosovo, retour des réfugiés sous la protection d’une force internationale) doivent être «la base d’une résolution du Conseil de sécurité», a martelé le chancelier en appelant de ses vœux l’adoption d’un tel document. Cependant, le ministère allemand des Affaires étrangères a annoncé mardi dans un communiqué que les directeurs politiques du G8 se réuniraient mercredi après-midi à Bonn pour des entretiens portant sur le Kosovo. L’un des principaux obstacles à une résolution, selon M. D’Alema, est la position russe. Il faut voir, selon lui, si «la Russie est disposée à voter une résolution qui prévoirait l’envoi d’une force internationale sans l’accord préalable de Belgrade». Dans l’esprit de M. D’Alema, une fois surmontées réticences russes et chinoises, une résolution de l’Onu aurait «de grandes chances» d’être acceptée par Belgrade. Et en cas de refus du président yougoslave Slobodan Milosevic, l’Onu aurait alors toute l’«autorité» et «légitimité» pour décider une invasion terrestre, selon M. D’Alema. Sur ce point, Bonn a fait entendre sa différence. «Il n’est pas question pour l’Allemagne d’envisager l’envoi de troupes au sol, cela a toujours été la position allemande et cela le restera», selon M. Schröder. Il s’est montré aussi plus prudent que Rome sur l’éventualité d’une trêve des raids de l’Otan pour favoriser l’adoption d’une résolution. «Dans le cadre des négociations, il faudra encore décider si et, éventuellement, quand pourrait être envisagé un arrêt momentané des opérations aériennes pour parvenir à une solution politique», a dit M. Schröder. Dans l’immédiat, il est indispensable, selon les deux hommes, de soutenir les efforts diplomatiques de l’émissaire russe Viktor Tchernomyrdine et du président finlandais Martti Ahtisaari, mandaté par les Occidentaux, qui devaient se rencontrer mardi à Helsinki. «Cette mission qui implique personnellement la Russie doit être soutenue avec force par toute la communauté occidentale», a estimé M. D’Alema. Tirant les enseignements de la guerre en Yougoslavie, Rome et Bonn se sont dits conscients de l’urgence de la désignation d’«un Mr ou d’une Mrs PESC» (politique étrangère et de sécurité commune). M. Schröder a souhaité que cela soit fait «si possible» dès le Conseil européen de Cologne début juin. Les deux pays pensent d’ores et déjà à la reconstruction des Balkans et ont rappelé qu’une rencontre préparatoire à une grande conférence entre ministres des Affaires étrangères se tiendra à Bonn le 27 mai. L’objectif est la mise en place d’un pacte de stabilité pour la région. L’Italie aimerait qu’une conférence entre Europe et Balkans se tienne à Bari, d’où part une partie de l’aide humanitaire italienne et où débarquent chaque semaine des centaines de réfugiés albanais du Kosovo. Selon les Allemands, cela pourrait se faire «ultérieurement». Tandis que le pacte de stabilité a été intensément discuté par les ministres des Affaires étrangères Lamberto Dini et Joschka Fischer, le sommet de Bari a été aussi l’occasion pour aborder les problèmes des réfugiés mais aussi de l’immigration clandestine, examiné surtout par les ministres de l’Intérieur Otto Schily et Rosa Russo Jervolino.
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