Le dirigeant est-timorais Xanana Gusmao a lancé hier un nouvel appel à la réconciliation en même temps qu’il s’élevait contre des partisans de l’annexion de l’ancienne colonie portugaise venus à DJakarta demander des armes. «Aucune solution, quelle qu’elle soit, n’est possible si les Est-Timorais rejettent la paix et ne sont pas prêts à se réconcilier», a déclaré M. Gusmao dans une conférence de presse donnée dans la maison du centre de Djakarta où il est emprisonné. Cependant, l’exode des colons indonésiens, déclenché par l’annonce-surprise que Djakarta pourrait «laisser partir» le Timor oriental et amplifié par les rumeurs de sources indonésiennes de «guerre civile imminente» dans le territoire militairement envahi en 1975 et annexé en 1976, se poursuivait. Quelque 800 personnes ont quitté mardi par bateau Dili, la capitale est-timoraise, à destination de Surabaya et Djakarta. La veille, une longue queue de candidats au départ avait patiemment attendu pour embarquer à bord d’un ferry quittant Dili pour Alor, aux Moluques, un archipel pourtant secoué par les affrontements entre chrétiens et musulmans. Les banques sont prises d’assaut par les clients qui veulent fermer et transférer leurs comptes. 300 instituteurs ont demandé à Djakarta de les rapatrier et de les indemniser car ils affirment ne pas se sentir en sécurité. Djakarta interdit aux jeunes Est-Timorais de parler leur langue, le tetum, ou le portugais pratiqué par leurs parents et nomme systématiquement dans des provinces éloignées les quelques professeurs originaires de l’ancienne colonie portugaise. À Djakarta, dans sa conférence de presse, Xanana Gusmao a souligné que «le maintien de la paix est de la responsabilité de tous» et a fustigé les Est-Timorais partisans du rattachement à l’Indonésie actuellement à Djakarta, les accusant d’être «payés par une tierce partie». «J’ai honte pour eux, a ajouté M. Gusmao. Cela fait un mois qu’ils sont descendus dans un hôtel 5 étoiles de Jakarta et ils n’arrêtent pas de brandir la menace de la guerre». M. Gusmao a affirmé que ces personnes – dont il a cité les noms – avaient été reçues en audience par le ministre de la Défense et commandant en chef de l’armée, le général Wiranto, et lui avaient demandé des armes. Pour lui, les accrochages actuels entre pro et anti-Indonésiens au Timor oriental sont provoqués par une «tierce partie, un groupe secret d’intervention» qui, a-t-il affirmé, «veut faire échouer et discréditer la politique du président (indonésien Jusuf) Habibie». Il a lancé un appel au général Wiranto l’exhortant à mettre un terme à l’activité des services de renseignements au Timor oriental car, a-t-il dit, ils terniront l’image que se fait la communauté internationale de l’armée indonésienne.
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