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Actualités - Chronologie

Collecte de dollars au profit de l'UCK ... à Brooklyn

Un par un, ils versent leur obole à des hommes coiffés du traditionnel blanc et s’installent dans un petit restaurant du quartier new-yorkais de Brooklyn. Ces Albanais viennent y écouter un combattant de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) et surtout financer le mouvement de guérilla. Née en 1992-1993 en Suisse, au sein de petits groupes d’exilés en désaccord avec la stratégie pacifiste du dirigeant kosovar modéré Ibrahim Rugova, l’UCK est désormais un mouvement de guérilla implanté dans la plupart des régions du Kosovo et qui s’est doté depuis l’automne d’une chaîne de commandement cohérente. Les villageois ont abandonné leurs fusils de chasse pour des armes de guerre qui leur donnent une puissance avec laquelle la conférence de Rambouillet a montré qu’il fallait compter, grâce notamment aux dollars collectés auprès des quelque 400 000 Albanais vivant aux États-Unis. «S’ils ne nous aident pas, au moins que l’on puisse nous aider nous-mêmes», commente Izet Tafilaj. Après avoir perdu un oncle et un neveu dans les combats, ce promoteur immobilier de 40 ans a vendu sa société du New Jersey (près de New York) et s’apprête à partir pour le Kosovo afin «d’aider les réfugiés». La lumière baisse. Les hommes inclinent la tête. Après une minute de silence, diffusion d’un enregistrement vidéo : une mère et son enfant, massacrés, gisent entre deux maisons rasées, intrusion violente d’une guerre peu vue sur les réseaux télévisés américains. Les orateurs qui se succèdent pour mobiliser l’auditoire sont régulièrement interrompus par des cris de «U-C-K», proférés bras tendu. Dina prend la parole : «L’heure est venue», dit-il. «Finissons la guerre, commençons à parler politique». Se débarrasser des Serbes Après trois heures de discours et de slogans, les partisans de l’UCK quittent le restaurant, qui doit accueillir une fête. Cinq hommes restent pour faire la comptabilité: un peu plus de 30 000 dollars, moins que d’habitude, selon Agron Qosja, le patron de l’établissement. «C’est notre devoir de faire tout ce que nous pouvons», dit-il en évoquant un proverbe albanais : “Luga Luga e ben lumin” (équivalent de “Les petits ruisseaux font les grandes rivières”). L’UCK est très populaire parmi les ouvriers qui forment près des deux tiers de la communauté albanaise vivant aux États-Unis. Nombre d’entre eux ont immigré récemment, et conservent des liens forts avec leur famille restée au Kosovo. Durant des années, ils ont soutenu Ibrahim Rugova, mais le massacre de quelque 80 personnes en mars 1998 près de Drenecia lui a fait perdre sa crédibilité auprès des émigrés et le groupe Homeland is Calling (La Patrie appelle) a été officiellement créé pour collecter des fonds pour l’UCK. «Nous collectons de l’argent ici. Ils se battent là-bas. C’est comme ça que nous nous débarrasserons des Serbes», explique Florin Krasniqi, 34 ans, qui ramasse des fonds pour le Kosovo depuis la mort de son cousin en octobre 1997, neuvième membre de sa famille tué selon lui par les Serbes. Il dit avoir effectué l’an dernier une vingtaine de voyages au Kosovo, fournissant aux soldats de l’UCK de l’argent, des radios, de l’équipement de vision nocturne, ou des gilets pare-balles achetés le plus légalement du monde, sur catalogue. Homeland is Calling dit avoir récolté 10 millions de dollars l’an dernier. Les analystes jugent cette somme exagérée et la divisent par deux, mais prennent cette aide au sérieux. «Ils ont fait passer la guerre à un niveau supérieur», commente Paul Beaver, de la revue spécialisée Jane’s Defence Weekly. Cette aide «fait une différence considérable contre l’armée serbe». M. Florin se dit amusé d’être sous surveillance américaine. «Ils pensent que nous sommes une bande d’Albanais cinglés», dit-il. «Mais j’ai dit à (l’émissaire américain Richard) Holbrooke: “Si vous voulez que ça dure dix ans, nous continuerons”. Trop de sang a été versé. Nous ne vivrons jamais aux côtés des Serbes. Point final».
Un par un, ils versent leur obole à des hommes coiffés du traditionnel blanc et s’installent dans un petit restaurant du quartier new-yorkais de Brooklyn. Ces Albanais viennent y écouter un combattant de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) et surtout financer le mouvement de guérilla. Née en 1992-1993 en Suisse, au sein de petits groupes d’exilés en désaccord avec la stratégie pacifiste du dirigeant kosovar modéré Ibrahim Rugova, l’UCK est désormais un mouvement de guérilla implanté dans la plupart des régions du Kosovo et qui s’est doté depuis l’automne d’une chaîne de commandement cohérente. Les villageois ont abandonné leurs fusils de chasse pour des armes de guerre qui leur donnent une puissance avec laquelle la conférence de Rambouillet a montré qu’il fallait compter, grâce notamment aux...