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Actualités - Chronologie

Cinquante-trois mille érythréens contraints à l'exil La blessure profonde des déportés

Homme d’affaires prospère à Addis-Abeba, B. n’avait rien à se reprocher. Pourtant un soir de juillet 1998 il allait entamer un voyage sans retour, comme l’un des 53 000 Érythréens chassés d’Éthiopie.En juillet, les temps étaient incertains à Addis-Abeba. La guerre avait éclaté depuis deux mois entre l’Éthiopie et l’Érythrée, deux voisins à l’amitié jusqu’alors exemplaire, qui se disputaient désormais quelques arpents de terre à leur frontière commune. Déjà, la rumeur parlait d’Érythréens inquiétés, intimidés, forcés d’abandonner leur travail, chassés de chez eux. Ce soir de juillet, la police est venue frapper à la porte de B. «Lorsque j’ai vu la Land Rover et les huit policiers, j’ai compris que mon tour était venu», raconte-t-il aujourd’hui, dans une chambre d’hôtel du centre d’Asmara, où il essaye de reconstruire sa vie. Ce soir-là, B. n’eut que le temps de se retourner pour dire à ses enfants qu’il devait partir pour une affaire urgente. Son voyage devait être sans retour. Comme pour plus de 53 000 Érythréens, dans ce que des diplomates et organisations internationales ont décrit comme une campagne de déportations à grande échelle, leur rappelant l’épuration ethnique en Bosnie qui scandalisa le monde. Selon les mêmes sources, entre 150 000 et 180 000 Érythréens résident toujours en Éthiopie. B., qui ne veut pas que son nom soit publié, allait rester trois jours aux mains des forces de sécurité. «Ils m’accusaient de travailler pour le gouvernement d’Asmara. C’est absurde: je suis un homme d’affaires, je suis né et j’ai grandi à Addis, et j’y vivais comme des dizaines de milliers d’Érythréens». Tensions sociales Puis, sans avoir pu parler à sa femme ou avertir ses enfants, il fut placé dans un de ces bus, qui, de juin à janvier, ont charrié des milliers de déportés. Provoquant entre les deux pays de la Corne de l’Afrique une fracture plus profonde et plus irréparable, selon les diplomates, que les tués au combat. L’Éthiopie, qui se justifie par des raisons de sécurité intérieure, a été condamnée par l’Onu, les États-Unis et Amnesty International pour ces déportations, qui, selon les diplomates, n’ont pas leur équivalent en Érythrée. 22 000 Éthiopiens ont quitté l’Érythrée mais «il n’y a aucune indication qui permet de dire qu’ils y ont été forcés ou qu’ils ont été victimes d’abus», affirme un diplomate occidental. La majorité des départs a eu lieu dans la ville portuaire d’Assab, sur la mer Rouge, que 14 000 Éthiopiens ont abandonnée lorsque les activités du port se sont arrêtées à cause de la guerre. Le responsable d’une organisation internationale, qui suit les expulsions, explique qu’à mesure que les déportations d’Érythréens s’accéléraient, les autorités éthiopiennes sont devenues mieux organisées. «Au début c’était assez terrible», explique-t-il. Les déportés étaient gardés en prison plusieurs jours, puis entassés dans des bus avant d’être abandonnés au milieu de la ligne de front dans des zones parfois minées. «Comme en Bosnie exactement», commente-t-il. Par la suite, au point de passage de Burié (nord-est de l’Éthiopie), les déportés étaient pris en charge par le gouvernement érythréen qui les transportait vers Assab puis en bateau vers le port de Massawa. Les autorités d’Asmara tentent de réinsérer les déportés en leur allouant 1 000 nakfa (150 dollars) et en les privilégiant pour le recrutement des administrations, l’enrôlement dans les écoles et les universités. Mais dans une économie essentiellement agricole, les déportés, pour beaucoup des cadres urbanisés, ne trouvent pas leur place. Pour les autres, les régions agricoles sont trop proches des zones de combats. «Cet afflux va créer des tensions économiques et sociales en Érythrée», affirme un diplomate. «J’ai eu de la chance», admet aujourd’hui B., qui a pu faire sortir ses enfants grâce à l’aide de l’attaché militaire d’une ambassade occidentale, et tente de reprendre ses activités avec un ordinateur portable sur un coin de table et un accès à Internet. «Je n’ai perdu que de l’argent», admet cet homme aujourd’hui blessé. D’autres ont été moins heureux.
Homme d’affaires prospère à Addis-Abeba, B. n’avait rien à se reprocher. Pourtant un soir de juillet 1998 il allait entamer un voyage sans retour, comme l’un des 53 000 Érythréens chassés d’Éthiopie.En juillet, les temps étaient incertains à Addis-Abeba. La guerre avait éclaté depuis deux mois entre l’Éthiopie et l’Érythrée, deux voisins à l’amitié jusqu’alors exemplaire, qui se disputaient désormais quelques arpents de terre à leur frontière commune. Déjà, la rumeur parlait d’Érythréens inquiétés, intimidés, forcés d’abandonner leur travail, chassés de chez eux. Ce soir de juillet, la police est venue frapper à la porte de B. «Lorsque j’ai vu la Land Rover et les huit policiers, j’ai compris que mon tour était venu», raconte-t-il aujourd’hui, dans une chambre d’hôtel du...