Deux ans et demi après la fin de la guerre contre les Russes, l’économie est toujours en ruines en Tchétchénie et la population de cette République indépendantiste du Caucase russe survit tant bien que mal, surtout grâce au petit commerce et au pillage du pétrole. Tamara Varaïeva, 45 ans, a enseigné le russe pendant 20 ans, mais a dû renoncer à son métier après la guerre (1994-1996) car elle ne recevait plus son salaire. Depuis, elle va régulièrement en Turquie acheter des vêtements qu’elle revend à Grozny. Elle gagne ainsi quelque 5 000 dollars en deux ou trois mois, une somme impressionnante en Tchétchénie, ce qui lui a permis de reconstruire sa maison détruite pendant les combats. «Au début, j’étais mal à l’aise de vendre des vêtements à mes anciens élèves. Autrefois, le commerce était considéré comme quelque chose de honteux. Maintenant, même des doyens d’université viennent vendre au marché», indique Tamara. Son mari est au chômage, et c’est elle qui assure le budget de la famille, qui compte quatre enfants. Tamara fait partie de ces «tchelnoky», littéralement «ceux qui font la navette», qui partent en Turquie, en Arabie séoudite, en Grèce ou en Pologne pour rapporter des produits vendus ensuite sur les marchés de Grozny. Nombre de fonctionnaires, comme Tamara, se sont résignés à changer d’emploi, leurs salaires n’étant pas versés, faute d’argent dans les caisses de l’État. En Tchétchénie, enseignants et médecins n’ont pas reçu de salaires depuis près d’un an. Et la République indépendantiste se plaint de ne pas recevoir l’aide économique promise par Moscou après la signature des accords de paix de 1996. Moscou considère pourtant la Tchétchénie comme une région de la Russie. Mais les Tchétchènes estiment qu’ils ont conquis leur indépendance en expulsant les troupes russes de leur territoire. Bien qu’aucun pays n’ait reconnu leur indépendance. Selon les autorités tchétchènes, 85 % de l’industrie locale a été détruite pendant la guerre et seules 8 des 42 entreprises qui existaient avant le conflit fonctionnent encore plus ou moins. Ainsi l’usine Krasny Molot (marteau rouge) ne fabrique plus de matériel pour l’industrie pétrolière mais plus modestement des portes métalliques et des chaudières. Plus de 70 % des services commerciaux ont été détruits, de même que 62% des capacités agricoles. Beaucoup de combats se sont déroulés dans les villages, des milliers d’hectares de terre sont encore minés et une bonne partie du matériel agricole a été détruite. L’industrie pétrolière fournit à l’État l’essentiel de ses revenus, mais fonctionne bien en-deçà de ses capacités. Le gouvernement tchétchène manque d’argent pour les forages et l’exploitation des puits. En outre, une partie du pétrole est pillée à la production ou siphonnée grâce à des trous percés dans les pipelines. Le brut volé est acheté par des «grossistes» qui ont organisé des mini-raffineries produisant essence et diesel. Cette production pirate est vendue en Tchétchénie, dans les républiques voisines du Daghestan et d’Ingouchie et dans la région de Stavropol, assurant des revenus réguliers à plusieurs centaines de familles mais provoquant aussi de fréquents accidents mortels en raison des conditions artisanales de raffinement. «Près de 20 % du pétrole produit en Tchétchénie est volé par la population», a affirmé à l’AFP un responsable des services de sécurité tchétchènes sous couvert de l’anonymat. À la recherche d’un travail, plusieurs dizaines de milliers de Tchétchènes (sur une population d’un million d’habitants) sont partis en Russie ou dans d’autres Républiques de l’ex-Union soviétique. Ceux qui ont réussi envoient de l’argent, des produits alimentaires ou du bétail à leur famille restée sur place. Reste pour certains une activité lucrative autant que criminelle: la prise d’otages contre rançon. En 1998, selon les services de sécurité tchétchènes, 189 personnes ont été prises en otages (des Tchétchènes pour la plupart) dont 118 ont été libérées.
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