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Actualités - Chronologie

Les handicapés restent à la porte des universités

Meilleur élève de sa classe pendant toute sa scolarité, Wang Shijie rêvait d’entrer à l’université. Mais comme des millions d’autres handicapés chinois, il a dû renoncer aux études et vend aujourd’hui de la bimbeloterie devant les grands hôtels de Pékin. «J’ai eu la jambe écrasée lors du grand tremblement de terre de 1976. Quand j’ai quitté le lycée, mes professeurs n’ont même pas tenté d’envoyer mon dossier à l’université, parce qu’ils savaient que je ne serais pas admis», raconte-t-il. Dans un système très sélectif où les performances scolaires déterminent de bonne heure la carrière professionnelle, Wang, aujourd’hui âgé de 31 ans, voyait dans l’université le moyen de sortir ses parents de la pauvreté. Mais il aurait dû passer un examen médical rédhibitoire pour pouvoir être admis sur les bancs de l’université. «Le dossier scolaire a beau avoir été accepté, seuls les gens “normaux” réussissent l’examen médical», explique un professeur de l’Université pour handicapés de Yantai (province du Shandong, est), un établissement spécialement créé au début de la décennie pour accueillir les exclus du système universitaire — avec des capitaux privés. Le président de l’université, Ren Zhixin, un paysan du Shandong qui a réussi dans les affaires, a investi 30 millions de yuans (3,1 millions d’euros) dans ce projet réservé aux candidats reçus aux examens d’entrée en université, mais recalés à la visite médicale. «Je connaissais une jeune fille qui s’est suicidée parce qu’elle ne pouvait pas entrer à l’université. Cette histoire a eu une grande influence sur moi», raconte M. Ren. S’appuyant sur des chiffres officiels, il affirme que 60 millions d’étudiants potentiels sont tenus à l’écart du système universitaire chinois à cause de divers handicaps. «J’ai visité une dizaine de pays du monde lors de voyages d’affaires. Partout, les handicapés sont mieux traités qu’en Chine», dénonce-t-il. Son université accueille désormais 600 étudiants, aveugles, sourds, etc. Mais pour cause de crise financière asiatique, l’établissement a eu du mal à survivre ces derniers mois, explique Ren Zhixin, venu à Pékin pour réclamer de l’aide au gouvernement. Alors que le coût d’une année universitaire lui revient à 7 000 yuans (770 euros) par étudiant, Ren Zhixin a fixé l’inscription à 1 200 yuans (125 euros), la différence étant prise en charge par sa compagnie d’import-export. Mais la crise asiatique a rogné les bénéfices de cette dernière, mettant en péril la subvention bénévole. Et l’État n’a pas forcément les fonds nécessaires pour assurer les secours. Un haut responsable gouvernemental a récemment reconnu que plus de sept millions d’handicapés chinois vivaient sans aucune ressource, soulignant que le chômage était pour eux le pire défi à relever. Occupé à vendre ses bibelots sur son fauteuil roulant dans les rues de Pékin, Wang Shijie met avant tout l’échec de sa carrière universitaire sur le compte de l’attitude générale des Chinois à l’égard des handicapés. «Le caractère qu’utilisent la plupart des gens — infirme — comporte une partie qui signifie “déchet”, ce qui sous-entend que les handicapés sont inutiles pour la société», déplore-t-il. «Cela remonte à la tradition des lettrés confucéens. Autrefois, le moindre défaut empêchait de devenir fonctionnaire, il suffisait d’un tic nerveux», assure Wang Shijie.
Meilleur élève de sa classe pendant toute sa scolarité, Wang Shijie rêvait d’entrer à l’université. Mais comme des millions d’autres handicapés chinois, il a dû renoncer aux études et vend aujourd’hui de la bimbeloterie devant les grands hôtels de Pékin. «J’ai eu la jambe écrasée lors du grand tremblement de terre de 1976. Quand j’ai quitté le lycée, mes professeurs n’ont même pas tenté d’envoyer mon dossier à l’université, parce qu’ils savaient que je ne serais pas admis», raconte-t-il. Dans un système très sélectif où les performances scolaires déterminent de bonne heure la carrière professionnelle, Wang, aujourd’hui âgé de 31 ans, voyait dans l’université le moyen de sortir ses parents de la pauvreté. Mais il aurait dû passer un examen médical rédhibitoire pour pouvoir être...