Au moins 50 journalistes ont été tués en 1998 dans le monde et une centaine sont actuellement emprisonnés à cause de leur travail, selon l’Institut international de la presse (IPI), pour qui l’Amérique latine est le continent le plus touché par ce fléau. Qualifié de «livre d’horreurs» par le directeur de l’IPI, Johann Fritz, ce rapport annuel dresse l’état des lieux de la liberté de la presse dans le monde. «Les deux tiers de la population mondiale vivent dans des pays où les principes fondamentaux de liberté d’expression ne sont pas respectés», selon le rapport de l’organisme dont le siège est à Vienne. La palme des violations revient à l’Amérique latine, où ont eu lieu l’an dernier quasiment la moitié des assassinats de journalistes, dont dix pour la seule Colombie, cinq au Mexique et quatre au Brésil. «Alors que les journalistes dans les Amériques — à l’exception notable de Cuba — n’ont jamais été aussi indépendants qu’auparavant, les violentes attaques contre les médias se sont poursuivies en toute impunité en 1998», notamment de la part d’«officiels corrompus, trafiquants de drogue et membres du crime organisé qui cherchent à empêcher les médias de rendre compte de leurs activités». L’IPI note aussi que pour la deuxième année consécutive, aucun journaliste algérien n’a été assassiné, et rappelle que «25 journalistes sont en prison en Turquie, plus que dans n’importe quel autre pays du monde». En Afrique, où «il y a beaucoup plus de fusils et de mines antipersonnel que de téléphones, radios et postes de télévision», l’IPI regrette que les médias soient «fortement politisés en raison du manque chronique d’argent». Des journalistes ont été tués l’an dernier au Nigeria, en Sierra Leone, en Éthiopie, au Burkina Faso, en Angola, au Congo et au Rwanda, et très peu de pays du continent «réussissent à transformer des outils de propagande d’État en organismes de radio-télédiffusion publique», comme ce fut le cas en Afrique du Sud, selon l’organisme international. «Liberté de raconter des mensonges» «La vraie liberté d’expression demeure seulement un espoir pour la majorité des pays asiatiques», où «la censure demeure courante et où la violence contre les médias est commune», ajoute l’IPI. «Même dans les pays comme les Philippines et Macao, où les médias demeurent parmi les plus libres en Asie, les journalistes ont été la cible de groupes mafieux locaux et de groupes de trafic de drogue». Le régime de la milice islamiste des taliban, en Afghanistan, ainsi que la Birmanie sont cités comme les plus féroces adversaires de la liberté de la presse, suivis par la Malaisie où les autorités ont, selon l’IPI, «décrit la notion occidentale de liberté de la presse comme une “liberté de raconter des mensonges”». En Europe, l’IPI épingle principalement Belgrade où «le Parlement serbe a adopté une loi draconienne qui interdit la rediffusion de programmes étrangers», et où «les autorités ont déclaré la guerre aux médias qui tentent de couvrir objectivement les développements au Kosovo». En Russie, «les obstacles auxquels sont confrontés les médias sont nombreux», notamment depuis que «le meurtre s’est révélé être la méthode préférée de censure dans au moins cinq cas». L’IPI a recensé également un meurtre de journaliste en Géorgie et des cas d’intimidation en Albanie, au Belarus, en Croatie. Elle regrette que la Cour constitutionnelle bulgare n’ait rien trouvé à redire au code pénal selon lequel des peines de prison pour «offenses journalistiques» sont conformes à la Constitution.
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