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Actualités - Chronologie

Leçons de Bosnie

Les grandes puissances, qui ont hésité près de quatre ans avant d’intervenir efficacement en Bosnie, ont tiré les enseignements de leurs tergiversations pour tenter de résoudre la crise au Kosovo. L’expression «les leçons de Bosnie» revient comme un leitmotiv dans la bouche des hauts responsables internationaux, alors que négociateurs serbes et kosovars sont cloîtrés dans le château de Rambouillet, près de Paris. Lors d’un discours devant l’Institut américain pour la paix, le secrétaire d’État, Madeleine Albright, lançait récemment : «Nous avons retenu les leçons de Bosnie et sommes déterminés à les appliquer ici et maintenant». «Nous savons que plus longtemps nous attendons (...) plus cela coûtera cher en termes de dollars, de perte de crédibilité et de vies humaines», avait ajouté le chef de la diplomatie américaine. «Nous avons appris en Bosnie que nous pouvons payer tôt, ou beaucoup plus cher plus tard». S’adressant fin janvier à l’Otan, le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan lui faisait écho en demandant que «nous tous, et en particulier ceux qui ont la capacité d’agir, nous souvenions des leçons de Bosnie». Onze mois après le début des violences sur une grande échelle au Kosovo, les autorités serbes et les indépendantistes kosovars ont donc été très fermement conviés en région parisienne et sommés de parvenir à un accord dans un délai imparti. «C’est le modèle Dayton», explique à Pristina un diplomate de haut rang de la Mission de vérification de l’OSCE. «Les parties ne peuvent s’entendre directement, alors on les enferme dans un endroit relativement clos avec une date-butoir relativement proche». Autre «leçon de Bosnie» : la nécessité d’une menace crédible de recours à la force. «Milosevic a compris, surtout après l’Irak, que les États-Unis ne mobiliseraient pas à nouveau une telle armada de bombardiers sans l’utiliser», estime le même diplomate qui demande à rester anonyme. «Il a désamorcé le coup en octobre, cela ne marchera pas deux fois». L’impuissance des Casques bleus en Bosnie, illustrée par les images de soldats français menottés à des pylônes par les Serbes, a également fait réfléchir dans les chancelleries. Dès le départ, le déploiement sur une longue période d’une force internationale conséquente au Kosovo a été prévu et le chiffre de 30 000 soldats, dont des Américains, avancé pour garantir l’application d’un éventuel «accord de Rambouillet». Pour résoudre la crise bosniaque, les grandes puissances ont mis des mois à faire taire des divergences que les différents protagonistes s’employaient à exacerber. Dans le dossier du Kosovo, les habituels tiraillements transatlantiques ont été surmontés : c’est un plan américain, approuvé par les Russes, qu’une coprésidence franco-britannique tente d’imposer depuis quatre jours à Rambouillet. Mais le «modèle bosniaque» de sortie de crise n’est pas entièrement transposable au Kosovo, et Rambouillet n’est pas Dayton. La signature de l’accord qui a mis fin à la guerre en Bosnie est en effet intervenue après une vigoureuse campagne de raids aériens contre les forces serbes. L’emploi de la force avait succédé à la menace. De plus, le déblocage des points d’achoppement avait nécessité l’intervention des poids lourds de la diplomatie américaine : Richard Holbrooke, Warren Christopher et, en dernière instance, le président des États-Unis en personne. Aucun n’est présent à Rambouillet. À Dayton, Slobodan Milosevic en personne avait négocié et signé pour la partie serbe. Aujourd’hui, le niveau très moyen de la délégation de Belgrade laisse penser qu’elle ne dispose d’aucune marge de manœuvre, estiment des experts familiers du dossier à Belgrade et Pristina. À quelques semaines des festivités prévues à Washington pour son cinquantième anniversaire, l’Otan n’hésitera pas à appliquer, en cas d’échec à Rambouillet, la dernière «leçon» rapportée de Bosnie par Mme Albright : «Le président Milosevic ne comprend que le langage de la force».
Les grandes puissances, qui ont hésité près de quatre ans avant d’intervenir efficacement en Bosnie, ont tiré les enseignements de leurs tergiversations pour tenter de résoudre la crise au Kosovo. L’expression «les leçons de Bosnie» revient comme un leitmotiv dans la bouche des hauts responsables internationaux, alors que négociateurs serbes et kosovars sont cloîtrés dans le château de Rambouillet, près de Paris. Lors d’un discours devant l’Institut américain pour la paix, le secrétaire d’État, Madeleine Albright, lançait récemment : «Nous avons retenu les leçons de Bosnie et sommes déterminés à les appliquer ici et maintenant». «Nous savons que plus longtemps nous attendons (...) plus cela coûtera cher en termes de dollars, de perte de crédibilité et de vies humaines», avait ajouté le chef de la...