La conférence pour la paix au Kosovo, à partir d’aujourd’hui à Rambouillet, se présente comme un test crucial de la capacité de l’Europe à s’affirmer enfin sur la scène diplomatique mondiale, face à l’hyperpuissance américaine. Convoquée sous l’impulsion de la France et du Royaume-Uni avec le soutien allemand, cette réunion offre aux Européens l’opportunité de donner un coup d’accélérateur à leur embryonnaire Politique extérieure et de sécurité commune (PESC). Français et Britanniques ont déjà pu constater que cohérence et détermination pouvaient produire quelques résultats. D’une part, ils ont réussi à rallier Américains et Russes à la stratégie de Rambouillet, marquée par l’imposition d’un calendrier très strict de négociations, assortie d’une menace de frappes militaires ou de sévères sanctions. D’une autre part, la participation de toutes les parties prenantes au conflit, Serbes et Kosovars, constitue un premier succès pour Paris et Londres, qui assureront la coprésidence des pourparlers de Rambouillet. «Joints à une volonté inédite de l’Europe, le forcing diplomatique franco-britannique, l’engagement militaire des uns et des autres, la mise en application d’un nouvel ordre juridique, sont autant de signes d’un renouveau politique du Vieux Continent», écrivait jeudi dans le journal Libération Jean-Paul Dufour, rédacteur en chef de la revue française «Défense». Pour autant, cette démarche européenne, quasi-inédite dans le domaine de la sécurité et de la défense, ne signifie pas une émancipation vis-à-vis des États-Unis, même si Français et Britanniques en ont appelé à l’esprit de Saint-Malo. Concurrence transatlantique En décembre à Saint-Malo, ville de l’Ouest de la France, Paris et Londres avaient jeté les bases d’une identité européenne de défense et estimé que l’UE devait se doter d’«une capacité autonome d’action, appuyée sur des forces militaires crédibles». En clair, les deux pays jugeaient que l’Europe devrait pouvoir agir militairement, sans les États-Unis. Bien qu’ils aient affiché leur disposition à envoyer des troupes au sol au Kosovo, même sans appoint américain, Français et Britanniques n’ont eu de cesse d’arrimer les États-Unis à leur stratégie. Les diplomates français se félicitent ainsi que les Américains songent désormais à un envoi de troupes au Kosovo, en cas d’accord entre les parties. Jusqu’à 4 000 GI’s pourraient être dépêchés dans le cadre d’une mission de l’Otan, selon les chefs militaires américains. Interrogé sur l’envoi d’une force exclusivement européenne, le ministre français des Affaires étrangères, Hubert Védrine, avait jugé que cela n’était «pas souhaitable». «Nous ne sommes pas encore dans la défense européenne, nous sommes dans un travail politico-diplomatique», avait dit M. Védrine, après la réunion du Groupe de contact sur l’ex-Yougoslavie, qui avait validé la stratégie de Rambouillet. Cette volonté de cohésion, dictée par des impératifs d’efficacité, cache mal la logique de concurrence qui risque de s’instaurer entre les Européens et les Américains. Les États-Unis n’ont certainement pas l’intention de laisser les Européens s’octroyer la paternité d’un éventuel accord de Rambouillet. Ils font remarquer que le plan qui sera soumis aux parties serbe et kosovare est d’inspiration américaine, élaboré par le diplomate Christopher Hill, médiateur américain pour le Kosovo. Ce plan, révisable au bout de trois ans, prévoit une «autonomie substantielle» pour le Kosovo. La presse américaine raille aussi les Européens qui, avec le huis clos de Rambouillet, copient Dayton, base américaine où avaient été conclus, à la fin 1995, les accords de paix en Bosnie-Herzégovine.
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