Ibrahim Rugova, 54 ans, apôtre de la non-violence, sera la figure de proue de la représentation des Albanais du Kosovo aux pourparlers de paix en France. M. Rugova et quatre autres responsables de son parti, la Ligue démocratique du Kosovo (LDK), seront entourés d’une équipe de cinq membres de l’Armée de libération du Kosovo (UCK), de représentants de l’opposition à la LDK et d’intellectuels indépendants. Adem Demaçi, le représentant politique de l’UCK, considéré comme le principal rival de M. Rugova, sera le grand absent de ces pourparlers: il s’est démarqué de l’état-major de l’organisation séparatiste en lui conseillant de boycotter la conférence. M. Demaçi semble avoir fait les frais de la reconnaissance internationale que la conférence de Rambouillet va de facto donner à l’UCK, dont les chefs militaires considèrent sans doute qu’ils peuvent désormais se passer de relais «politique». MM. Rugova, le modéré, et Demaçi, le radical, sont les frères ennemis de la cause des Albanais du Kosovo: l’un et l’autre revendiquent l’indépendance de la province mais divergent profondément sur les moyens d’atteindre ce but. M. Rugova, «président» des Kosovars depuis un premier scrutin clandestin tenu en 1992, n’a jamais cessé de militer en faveur de l’accession à l’indépendance par des moyens pacifiques. M. Demaçi, 63 ans, est un ancien détenu politique libéré en 1990 après avoir passé 28 ans en prison, ce qui lui a valu le prix Sakharov pour la paix et le surnom de «Mandela kosovar». Il prône la lutte armée et dénonce «l’immobilisme» de son rival. «Le temps n’est plus où je pouvais rencontrer Rugova», a-t-il déclaré récemment. Frêle, réservé, réputé pour sa modestie, Rugova n’a rien d’un meneur de foules, mais reste très populaire parmi les Kosovars. Après avoir dirigé l’Union des écrivains du Kosovo, noyau d’un mouvement d’opposition au régime de Belgrade, il prendra en 1989 la tête de la Ligue démocratique du Kosovo (LDK). Sous sa houlette, les Albanais boycotteront le pouvoir serbe et mettront en place leurs propres institutions. En 1990, ils voteront une Déclaration d’indépendance du Kosovo. Ils organiseront l’année suivante un référendum, non reconnu par Belgrade, approuvant cette déclaration puis, en 1992, des élections clandestines. La LDK remportera la majorité au «Parlement» de la «République du Kosovo», dont M. Rugova sera élu «président» et qui ne sera reconnue que par l’Albanie. En mars 1998, la LDK remportera de nouvelles «législatives» et M. Rugova sera réélu «président» du Kosovo.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Ibrahim Rugova, 54 ans, apôtre de la non-violence, sera la figure de proue de la représentation des Albanais du Kosovo aux pourparlers de paix en France. M. Rugova et quatre autres responsables de son parti, la Ligue démocratique du Kosovo (LDK), seront entourés d’une équipe de cinq membres de l’Armée de libération du Kosovo (UCK), de représentants de l’opposition à la LDK et d’intellectuels indépendants. Adem Demaçi, le représentant politique de l’UCK, considéré comme le principal rival de M. Rugova, sera le grand absent de ces pourparlers: il s’est démarqué de l’état-major de l’organisation séparatiste en lui conseillant de boycotter la conférence. M. Demaçi semble avoir fait les frais de la reconnaissance internationale que la conférence de Rambouillet va de facto donner à l’UCK, dont les...