«The show must go on». Après quatre mois de grève, le grand chapiteau de la NBA ouvre à nouveau ses portes vendredi. Mais la ligue nord-américaine de basket-ball, qui a survécu au plus grave conflit social de l’histoire du sport professionnel, s’apprête à vivre une saison inédite, réduite à trois mois de compétition, avec seulement 50 matches (hors play-offs) pour chacune des 29 franchises. Bien sûr un tel championnat fera date et, déjà, bon nombre d’observateurs prédisent qu’il accouchera d’un champion au rabais. Frustrés après une si longue abstinence, les fans – peu concernés par des revendications sociales parfois surréalistes – ont également fait savoir qu’ils ne tolèreraient plus le moindre écart. L’énorme succès populaire rencontré le week-end dernier par la finale du Super Bowl de football américain est d’ailleurs un sérieux avertissement pour les enfants gâtés de la NBA désormais orphelins de Michael Jordan. Qui peut reprendre le flambeau abandonné par His Airness, parti en retraite avec un statut de dieu vivant et six bagues de champion ? Quel sera le niveau de jeu au cours de cette mini-saison disputée par des stars en vacances depuis sept ou huit mois? Des réponses à ces questions dépend l’avenir immédiat de la NBA, qui peut s’interroger après le spectacle parfois affligeant proposé lors des premiers matches de présaison. Chicago n’est plus Mais, déjà, une évidence s’impose: Chicago ne joue plus dans la même catégorie. En plus de Jordan, les Bulls ont perdu la quasi-totalité de leur cinq majeur. Seul Toni Kukoc est resté fidèle au United Center, où le Croate est désormais entouré de seconds couteaux confiés aux bons soins d’un nouveau coach, Tim Floyd, sorti des rangs universitaires (Iowa State). Totalement dépouillés, les tenants du titre risquent de vivre une terrible année de transition à partir de vendredi lors du match d’ouverture face à des Utah Jazz forcément revanchards. Au moins quatre candidats à la succession des Bulls se dégagent aujourd’hui. En premier lieu, comment ne pas penser aux Jazz ? Même vieillissante, l’équipe de Salt Lake City peut se prendre à rêver. Le format de cette saison raccourcie sert justement les desseins d’une franchise qui s’appuiera encore sur le Mailman Karl Malone (35 ans), le passeur John Stockton (36 printemps) ou encore Jeff Hornacek (35 ans). Peu modifiée à l’intersaison, l’escouade de Jerry Sloan jouera la carte de l’homogénéité. La remarque vaut également pour les ennemis intimes des Jazz: les Lakers de Los Angeles. Même si Nick Van Exel a quitté la baie des Anges, le coach Del Harris a encore l’embarras du choix. Cette saison pourrait d’ailleurs être celle de l’extraordinaire Kobe Bryant (20 ans), la nouvelle baby star de la NBA. Avec Eddie Jones, Robert Horry et (entre autres) les grands Elden Campbell et Travis Knight pour épauler l’indétrônable Shaquille O’Neal, les Lakers peuvent voir loin. À la condition, bien sûr, de solder une bonne fois pour toutes leurs comptes avec les Utah Jazz... On ne peut pas non plus passer sous silence le déménagement de Scottie Pippen à Houston. Avec Charles Barkley, Hakeem Olajuwon et le transfuge des Bulls, venu encaisser au Texas la montagne de billets verts que Chicago lui refusait, les Rockets auront incontestablement de l’allure, même si le trio annonce une moyenne d’âge supérieure à 34 ans. Mais cette saison risque d’être surtout celle d’Indiana. Tandis que leurs rivaux dissertaient au soleil sur les dérives du lock-out, les Pacers se sont entraînés quotidiennement, misant dès le premier jour sur la fin du conflit social. Restés groupés, les hommes du Coach of the Year Larry Bird sont aujourd’hui fin prêts à en découdre. Cette solidarité déjà largement éprouvée pourrait être aujourd’hui récompensée. Avec Reggie Miller, Rik Smits, Chris Mullin et toute une flopée de joueurs parfaitement rodés, la franchise de l’Indiana est en ordre de bataille. Prête à marcher sur les traces de Chicago.
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