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Actualités - Chronologie

Histoire - Chagall, Ernst, Breton ... L'américain qui sauva 1500 artistes

Deux expositions et un colloque, à Marseille et à Aix-en-Provence (sud-est de la France), viennent rendre hommage et justice à Varian Fry, un citoyen américain discret qui sauva, entre 1940 et 1941, 1 500 artistes antinazis dans le midi de la France. Marc Chagall, Max Ernst et André Breton, parmi tant d’autres, lui doivent leur liberté et peut-être la vie. Et pourtant ce grand jeune homme à lunettes, âgé de 32 ans lorsqu’il débarque à Marseille en 1940, est aujourd’hui ignoré en France et méconnu aux États-Unis, où il est mort en 1967, modeste professeur de latin dans le Connecticut. L’Armistice de juin 1940 précisait que le gouvernement de Vichy «devrait livrer sur demande les Allemands désignés par les autorités d’occupation» résidant dans la zone libre. Pour la plupart des juifs ou des antinazis qui fuyaient leur pays. Quand Varian Fry arrive de New York le 14 août 1940, ils sont déjà plusieurs centaines, autour du port de Marseille, artistes, intellectuels et scientifiques qui espèrent émigrer vers le Portugal, le Maghreb ou l’Amérique. Fils d’un agent de change new-yorkais, diplômé de Harvard, cet élégant démocrate avait pu mesurer au cours d’un voyage en Allemagne en 1935 ce que pouvait représenter le nazisme. À Marseille, il ne dispose que de 3 000 dollars et d’une attestation certifiant qu’il effectue une enquête sur les réfugiés en Europe pour le compte de l’Emergency Rescue Committee (ERC). Il apporte aussi une liste de 200 personnes à sauver, dressée par des émigrés, comme Thomas Mann, déjà accueillies aux États-Unis. Kandinsky, Arp et Matisse figurent sur cet inventaire qui, un an plus tard, compte des milliers de noms. Varian Fry va se démener auprès de l’administration mais aussi auprès de consuls amis et de sympathisants pour obtenir passeports, visas et logements pour ses protégés. Hommage à retardement On ne lui en demandait pas tant : les autorités américaines ne souhaitaient sauver que l’élite de la culture européenne et le consul des États-Unis refusa plus d’un visa, racontera Fry, qui n’hésite pas à faire appel à des faussaires. Cela explique peut-être qu’il ait été pratiquement ignoré à son retour au pays. De riches intellectuels américains résidant en France, comme Peggy Guggenheim, ou des artistes européens financent l’exode. Une comtesse marseillaise, Lily Pastré, accueille dans sa propriété au sud de la ville Darius Milhaud, Georges Auric et Joséphine Baker. Les surréalistes se retrouvent dans la villa Air-Bel, louée par le Comité américain de secours (CAS), créé par Fry. Autour de Breton et de Victor Serge, Ernst, Victor Brauner, Oscar Dominguez, Wilfredo Lam, Hans Bellmer reconstituent leur groupe. Le 6 septembre 1941, Varian Fry est expulsé «pour avoir protégé des juifs et des antinazis». Trois mois plus tard, les États-Unis entrent en guerre. Le CAS résiste jusqu’en juin 1942 et en novembre la Zone libre est elle aussi occupée et les rafles de juifs se préparent. Varian Fry devra attendre vingt-six ans pour que le gouvernement français rende hommage à son action, en 1967, en le faisant chevalier de la Légion d’honneur. Il meurt brutalement, quelques mois plus tard, à 60 ans, dans le Connecticut. Il était revenu brièvement en France en 1964 où il avait revu Chagall, Ernst, Lipchitz et Picasso.
Deux expositions et un colloque, à Marseille et à Aix-en-Provence (sud-est de la France), viennent rendre hommage et justice à Varian Fry, un citoyen américain discret qui sauva, entre 1940 et 1941, 1 500 artistes antinazis dans le midi de la France. Marc Chagall, Max Ernst et André Breton, parmi tant d’autres, lui doivent leur liberté et peut-être la vie. Et pourtant ce grand jeune homme à lunettes, âgé de 32 ans lorsqu’il débarque à Marseille en 1940, est aujourd’hui ignoré en France et méconnu aux États-Unis, où il est mort en 1967, modeste professeur de latin dans le Connecticut. L’Armistice de juin 1940 précisait que le gouvernement de Vichy «devrait livrer sur demande les Allemands désignés par les autorités d’occupation» résidant dans la zone libre. Pour la plupart des juifs ou des antinazis qui...