La mise en place d’une agence antidopage a recueilli l’unanimité mardi à Lausanne mais sa composition, telle que prévue par le CIO, a provoqué une protestation des gouvernements de l’Union européenne lors de la première journée de la Conférence mondiale sur le dopage. Le CIO a d’ailleurs été mis à mal par certains des ténors de la conférence. Derrière une unanimité de façade sur les grands principes contre «le plus grand fléau du sport», des voix se sont élevées pour franchement critiquer le fonctionnement, la gestion, le rôle et le manque de transparence et de démocratie du CIO. Trois ministres européens, la Danoise Elsebeth Gerner Nielsen, le Britannique Tony Banks et l’Allemand Otto Schilly n’ont pas mâché leurs mots. Pour eux, le CIO serait bien inspiré de se mettre en conformité avec son temps et contribuerait ainsi à la cohésion qui devrait naître à Lausanne contre le dopage. Le responsable du département des drogues et stupéfiants de la Maison-Blanche, Barry McCaffrey, reprenant les mêmes arguments, est même allé jusqu’à suggérer que son président, Juan Antonio Samaranch, se retire après le scandale autour de Salt Lake City. «Chacun doit être responsable de ses actes et en tirer les conséquences», a-t-il dit. Les Européens n’ont pas apprécié d’avoir été quasiment mis devant le fait accompli quant à la composition de l’Agence antidopage et d’y trouver des représentants des sponsors, des industries pharmaceutiques et de fabricants d’articles de sport. «Nous refusons la présence de gens qui sont juges et partie», ont fait savoir les ministres. Le délégué belge, Jean Pierre Schenkelaars, qui n’avait pas encore parlé, a donc été mandaté par ses collègues pour, du haut de la tribune, «exprimer les réserves les plus nettes» quant à la composition de la nouvelle instance prévue d’être présidée par Juan Antonio Samaranch assisté, en tant que vice-président, du prince Alexandre de Mérode, président de la commission médicale du CIO. «Nous insistons pour que ce point soit reconsidéré», a-t-il lancé sans ambages à l’adresse du président du CIO. Plus tôt, le directeur général du CIO, Me François Carrard, avait assuré que la structure et la composition de l’agence étaient «un sujet ouvert à la discussion» jusqu’à la fin de la conférence. Limiter les participations Les ministres de la Communauté européenne ont insisté sur l’indépendance, la transparence qui doivent caractériser l’Agence antidopage pour en assurer la crédibilité et l’efficacité, d’où la protestation concertée à la lecture ultérieure d’un document qui énumérait les postes sans concertation avec les pouvoirs publics qui veulent être mieux représentés. La création de l’Agence antidopage a néanmoins engendré un énorme espoir et sa tâche, en «clé de voûte» de tout le système, sera particulièrement lourde compte tenu des propositions qui ont été faites. Elle devra notamment prendre en compte ce qui a déjà été réalisé, assurer le suivi et veiller au respect des résolutions de la conférence, coordonner les actions au niveau mondial et agir «en observatoire». Le Dr Alain Garnier, au nom du Conseil de l’Europe, a avancé une idée originale lorsqu’il a évoqué la multiplication des compétitions comme l’une des causes du dopage. Sans aller jusqu’à bouleverser les calendriers, il a recommandé «d’intervenir sur les charges de travail (des athlètes) et de limiter les participations pour un même individu». L’Agence antidopage en question L’Agence antidopage, dont la composition a été contestée par les ministres de l’Union européenne (UE), doit être formée selon le projet du groupe de travail présidé par le Canadien Dick Pound, de dix-huit membres, outre son président. «Cette Agence internationale indépendante sous la forme d’une fondation régie par le droit suisse, établie à Lausanne, précise le projet, serait dirigée par un Conseil présidé par le président du CIO et composée de trois représentants de chacun des groupes suivants : Comité international olympique Fédérations internationales Comité nationaux olympiques Athlètes (désignés par la commission des athlètes du CIO) Organisations gouvernementales internationales Trois personnes représentant les parraineurs, l’industrie pharmaceutique et l’industrie des articles sportifs». Les ministres de l’UE contestent dans cette composition, la présence des representants de la dernière catégorie dont ils estiment que compte tenu de leur spécificité, ils seraient en position de «juge et partie» au sein de l’Agence. Ils s’interrogent également sur la composition globale de cette agence. Le projet sera discuté mercredi et, selon le représentant du gouvernement de la communauté francophone belge, Jean-Pierre Schenkelaars, les ministres de l’UE «demanderont des modifications sur la composition de l’Agence et des éclaircissements sur son fonctionnement». Le prince de Mérode réplique Le prince Alexandre de Mérode a avoué ne pas avoir apprécié certaines attaques à l’encontre du CIO lors de la première journée de la Conférence mondiale sur le dopage. «Je trouve désagréable et je prends même comme une demi-insulte qu’on réclame au CIO plus de transparence, cela veut dire qu’on n’a pas confiance», a relevé le président de la commission médicale du CIO. «Dans le même ordre d’idée, a-t-il demandé, pourquoi devrait-on avoir confiance dans les politiques qui défrayent la chronique et souvent pour des sommes très importantes. Demandez donc dans la rue si les gens ont confiance dans les politiques?» Il a également rejeté l’idée qu’au nom de l’indépendance, aucun membre du CIO ne devrait faire partie de la future agence antidopage dont la présidence devrait revenir à Juan Antonio Samaranch. «Mettre en place cette agence sans le CIO, ce serait inadmissible», a-t-il dit. Pensez-vous normal qu’une agence soit financée par un organisme qui n’y participerait pas?, a-t-il demandé, faisant allusion aux 25 millions de dollars que le CIO est disposé à investir en contribution initiale. Charles Mukora, l’ancien membre kényan du Comité international olympique (CIO), a annoncé mardi à Nairobi qu’il quittait la présidence du Comité olympique kényan (NOCK). «Je présente ma démission du poste de président du NOCK pour laisser la place à un nouveau dirigeant pour cette estimable organisation», écrit dans un communiqué Charles Mukora, dont le mandat à tête du NOCK devait se terminer à la fin de l’année.
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