La campagne pour l’élection présidentielle du 14 novembre en Ukraine a été marquée par de graves atteintes à la liberté d’expression et de nombreux abus de pouvoir, affirment unanimement les observateurs internationaux. L’OSCE et le Conseil de l’Europe soulignent dans un rapport conjoint que les candidats de l’opposition n’ont eu qu’un accès limité aux médias publiques. En outre, certains fonctionnaires ont abusé de leur position pour favoriser la réélection du président Léonid Koutchma qui affronte au deuxième tour le communiste Petro Simonenko. La chaîne de télévision nationale UT-1 a ouvertement soutenu le président sortant en vantant ses qualités d’homme d’État et a discrédité ses adversaires, selon le même rapport qui note néanmoins que lors du premier tour, le 31 octobre, aucune irrégularité majeure n’a été observée. «Le vote et le décompte des bulletins se sont faits, en général, dans les règles», relèvent l’OSCE et le Conseil de l’Europe. La réélection de Koutchma est un pronostic sans surprise pour l’organisation de défense des journalistes, «Reporters sans frontières», basée en France, qui accuse le gouvernement d’avoir mené une «véritable campagne de diffamation» contre l’opposition. Même constat pour l’organisme américain Iri (International Republican Institute) qui parle de «manipulations médiatiques» : «Les activités du président Koutchma étaient présentées à la télévision (d’État) chaque jour alors que les autres candidats ont, eux, reçu une couverture très critique ou pas de couverture du tout». «Reporters sans frontières» affirme en outre que 25 médias ont été victimes de censure politique et que quatre journalistes ont reçu des menaces ces deux derniers mois. «Le 14 octobre, trois quotidiens d’opposition, Rakours, Nashe Zavtra et 21 Vek, de la région de Lougansk (est du pays), étaient absents des kiosques. Leurs imprimeries respectives ont refusé de les mettre sous presse» en raison de critiques acerbes du bilan du président Koutchma, rapporte cette organisation. Les pressions du pouvoir sur les médias prennent parfois des formes plus insidieuses : blocage de comptes bancaires, contrôles fiscaux ou inspections sanitaires à répétition peuvent venir à bout de n’importe quelle publication «rebelle». Les patrons de la presse privée n’ont pas fait preuve de beaucoup plus de professionnalisme durant la campagne, relèvent l’OSCE et le Conseil de l’Europe. Les «journaux et magazines (privés) ont fait preuve d’un tel parti pris pour l’un ou l’autre des candidats qu’il était impossible pour le lecteur de recevoir une information objective», expliquent ces organisations dans leur rapport. Autre sujet d’inquiétude : M. Koutchma aurait illégalement utilisé des fonctionnaires et des structures d’État pour assurer sa réélection, affirment encore l’OSCE et le Conseil de l’Europe. Des policiers ont distribué des tracts pro-Koutchma dans la région de Vinnitsa (centre-ouest), selon ce rapport, et des responsables d’administrations locales ont fait la promotion du président dans des établissements scolaires et des hôpitaux. «À tous les niveaux, les employés d’État ont reçu l’ordre de faire de la propagande pour Koutchma», confirme l’analyste Volodimir Malenkovitch. Événement troublant : au lendemain du premier tour, M. Koutchma a limogé les gouverneurs de trois régions où le chef du Parti socialiste Olexandre Moroz et celui du Parti communiste avaient obtenu une majorité des voix.
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