Mode ethnique, «seventies», folklo, minimaliste, «techno»... Le siècle s’achève face à une immense pyramide de tendances qui ne font que rééditer le répertoire des vogues des périodes écoulées. Où va donc la mode? Le troisième millénaire, on vient de le constater durant les derniers défilés, n’a pas inspiré de grandes révolutions. Les vrais changements sont derrière nous. C’est le style sportif de Coco Chanel, des années 20 ; c’est Dior après la Seconde Guerre mondiale ; c’est le tailleur masculin d’Yves Saint-Laurent des années 80. Dans ces vingt dernières années, seuls l’utilisation de nouveaux matériaux et le détournement des styles anciens marquent les annales. Élasthanne, polyuréthane, néoprène sont les véritables performances qui ont bouleversé radicalement la matière première du vêtement. C’est grâce à ces nouveaux tissus qu’à la fin du XXe siècle la mode a pu s’échapper de la lourde influence de Hollywood et de son «glamour» clinquant. Le luxe, par le minimalisme, impose une nouvelle façon de s’habiller, dont les critères sont la qualité de la recherche et la sophistication technique. Même si les créateurs n’ont rien inventé de réellement neuf (ne dit-on pas que la mode est un éternel recommencement?), les nouvelles matières permettent des audaces et des performances inédites jusque-là. On rase le vison ou on le porte en doublure d’une étoffe synthétique. On ose le diamant brut plus proche du caillou que de l’étoile. Le croco n’a plus du brillant et ses larges écailles, comme le veut cet hiver, se laissent confondre avec ses anciennes imitations... En matière de créativité, toutefois, l’inspiration ne vote que pour les éternels retours : des années 20, 50 ou 70... Du folklorique modernisé, de l’extrême-oriental synchronisé avec le high-tech, du rétro modernisé, de l’asexué féminisé... Chez Yves Saint-Laurent, Albert Elbaz n’en fait pas un mystère : «Je tente de garder le passé dans le futur et obtenir ainsi un vêtement indémodable...». McQueen, chez Givenchy, fait de la modernité à l’ombre de «Sabrina» et du souvenir de l’inoubliable Audrey Hepburn. Le recul manque pour juger de l’empreinte que laissent les nombreux nouveaux stylistes. Français, belges, brésiliens ou asiatiques, ce sont eux qui font maintenant la mode parisienne. Qui reste, on le répète, un florilège de variations à partir de thèmes connus. Ils révisent leurs classiques en innovant timidement. C’est qu’en fait, les temps sont beaucoup plus difficiles que quand Christian Dior soulevait les foules en relançant la guêpière des bergères de Watteau ou des précieuses de Fragonard...
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