L’étude de l’évolution du pacte de convivialité doit éviter les généralités et cerner au plus près les facteurs culturels, sociaux, idéologiques susceptibles de constituer une menace pour la paix civile, affirment les fondateurs de l’“Observatoire permanent de la paix civile”. Les indicateurs retenus sont qualitatifs et quantitatifs et doivent permettre d’analyser le niveau de progression et de régression de la convivialité, ou encore le passage d’un cessez-le-feu pacifique à une paix durable. Ils sont classés en trois catégories : culture constitutionnelle, mémoire collective, défense de la société civile. Leur mise en œuvre n’est pas simple et exige un travail quotidien d’observation, d’analyse, de détection et parfois même d’investigation. Ce travail de terrain nécessite une organisation et un investissement financier indispensable. La formulation de ces facteurs permet, a contrario, de dégager les moyens pour la gestion pacifique et démocratique du pluralisme. A. La culture constitutionnelle 1 - Perception de la nature du régime constitutionnel libanais, dans l’enseignement universitaire comme dans la culture politique populaire : degré d’aliénation et d’authenticité dans cette perception. 2 - Le consensus sur les principes de base constitutionnels. 3 - La perception de la parité dans la Constitution et le Pacte national de Taëf (dépassement du recensement communautaire, rejet du triomphalisme entre communautés…). 4 - Degré de perception par les citoyens de la garantie de l’équilibre et de l’absence d’hégémonie ou de frustration. Les pactes 5 - La perception du concept de pacte dans l’histoire générale du Liban et l’histoire constitutionnelle comparée. 6 - Le respect des pactes : stratégique ou tactique ? 7 - Application du contenu des pactes. 8 - L’approche positive ou péjorative du compromis (règlement négocié moins coûteux que la violence). 9 - Le respect des pactes au niveau des sous-systèmes sociaux : partis et forces politiques, syndicats et organisations professionnelles, associations non gouvernementales, équilibre volontaire aux élections municipales... 10 - Perception de l’égalité et de la non-discrimination devant les emplois publics. Les élites politiques 11 - Attitude des élites politiques face aux problèmes collectifs : respect du consensus de base ou confessionnalisation et provocation, le langage politique consensuel... 12 - L’observation des normes juridiques et administratives dans les désignations et promotions administratives et dans la répartition des charges et des ressources collectives. B. La mémoire collective 13 - La réprobation de la nature civile de la guerre et du recours à la violence. 14 - La participation commune à la commémoration des martyrs de la guerre de toutes les communautés. 15 - Souci des historiens et leur aptitude à ne pas occulter les moments de consensus et ses avantages, en termes de coûts et profits, sans nuire à l’éthique de la recherche historique. 16 - Existence de symboles nationaux partagés (martyrs du 6 Mai, indépendance de 1943, massacre de Cana...). 17 - Des monuments historiques symbolisant les souffrances communes. 18 - La participation aux fêtes nationales. 19 - La visite des divers vestiges et lieux touristiques (phéniciens, arabes.). C. Les défenses de la société civile La politique étrangère et les rapports avec l’extérieur en général 20 - Objectifs communs en politique étrangère (avec possibilités de divergences éventuelles quant aux moyens). 21 - Limite des ingérences extérieures dans les affaires internes. 22 - Limite de la main-d’œuvre étrangère. 23 - Limite de l’accès à la nationalité libanaise. 24 - Limite de l’accès des étrangers à la propriété foncière au Liban. 25 - Perception partagée de la menace extérieure. 26 - La solidarité en période de crise. L’armée 27 - Souci des élites politiques sur le moral de l’armée. 28 - Souci des moyens d’information sur le moral de l’armée. 29 - La relation entre l’armée et la société. 30 - Le profit qu’en tirent les jeunes engagés dans le service du drapeau. État de droit 31 - Degré d’efficience de la règle de droit pour la protection des droits dans l’administration publique et dans les rapports entre les citoyens et le pouvoir. 32 - L’indépendance de la magistrature en tant que garantie pour la protection des droits. L’espace public 33 - Une relation de communication et de service public dans les rapports entre l’administration et les citoyens. 34 - L’échange de services sociaux tant en période de paix que de conflit. 35 - La participation commune à la signature de manifestes. 36 - La défense par des citoyens de diverses communautés d’autres concitoyens de diverses communautés. 37 - L’unité de comportement face à des problèmes qui ne sont pas directement de nature religieuse ou confessionnelle. 38 - La participation à des manifestations communes, surtout parmi les jeunes. 39 - Les réalisations du gouvernement en vue de l’extension de l’espace public (administration, municipalités...). 40 - L’existence de centres de l’espace public exclus de la confrontation confessionnelle : Banque centrale, magistrature, Université libanaise... Intérêts socio-économiques 41 - L’équilibre socio-économique et culturel entre les régions et la faiblesse des clivages cumulatifs région/ niveau socio-économique/ niveau culturel/ communauté. 42 - La perception de l’égalité et la faiblesse du sentiment de privation relative. 43 - Le niveau des appartenances croisées (overlapping membership), c’est-à-dire l’adhésion de l’individu à des groupements diversifiés. Culture politique 44 - La croyance dans la spécificité du Liban et de son message, arabe et international, en tant qu’expérience normative d’unité dans la diversité à l’aube du 3e millénaire. 45 - L’humour politique et son acceptation dans les divers milieux. 46 - L’acceptation de l’opinion divergente sans culpabilisation. 47 - L’estime et l’image positive de l’autre. 48 - L’attachement aux libertés publiques en tant que dénominateur commun entre Libanais. Religions 49 - Les valeurs spirituelles communes. 50 - Les rencontres et dialogues entre les religions. 51 - Le débat sur les problèmes concernant la religion de l’autre (par exemple débat sur l’Exhortation apostolique du Pape dans diverses régions ou invitation par une institution religieuse de responsables d’autres instances). 52 - La participation sociale aux fêtes religieuses de l’autre. 53 - Le comportement dans les écoles face aux fêtes religieuses chrétiennes et musulmanes. 54 - L’enseignement religieux dans les différentes écoles. 55 - Le respect mutuel entre les dignitaires religieux des diverses communautés. 56 - La référence commune à des versets de l’Évangile et du Coran. 57 - La connaissance authentique et sans stéréotypes de la religion de l’autre. 58 - Les décisions des conseils communautaires. 59 - L’existence d’une pensée religieuse chrétienne inculturée dans la réalité libanaise et plus généralement arabe. 60 - L’existence d’une pensée religieuse musulmane inculturée dans la réalité libanaise et plus généralement arabe. 61 - Le respect des libertés religieuses. 62 - L’absence de domination d’organisations communautaires sur les libertés individuelles et collectives (contrôle social, interdictions, liberté de critique religieuse sans porter atteinte à l’ordre public...). 63 - Le dogmatisme ou l’ouverture dans la théologie et l’exégèse religieuse. 64 - La distinction dans la culture politique et les comportements entre le communautaire (socio-culturel) et la foi. Mode de vie et échelle des valeurs 65 - Le mode de vie (habillement, habitat, art culinaire, coutumes...). 66 - La répartition géographique et communautaire des crimes et délits. 67 - L’attachement des Libanais à la culture arabe. 68 - L’ouverture aux cultures mondiales. 69 - L’unité des chansons, arts, lettres, théâtre... Les écoles et les universités 70 - La mixité communautaire dans les écoles et les universités en fonction de la composition communautaire de la région. 71 - Les universités en tant qu’espace de dialogue, d’expression et de diversités des opinions et attitudes. 72 - L’extension d’écoles chrétiennes et musulmanes dans des régions d’une autre composition communautaire. 73 - Le nombre des élèves d’une autre religion dans des écoles chrétiennes et musulmanes. 74 - Le contenu valoriel des manuels scolaires, notamment des manuels d’éducation civique (altérité, tolérance...) ainsi que le contenu valoriel des recherches scolaires et universitaires. 75 - Le degré d’autonomie des organisations estudiantines par rapport aux partis fondés sur des lignes de clivage exclusivement communautaires ou dont la composition est unicommunautaire. 76 - L’autonomie de l’intelligentsia par rapport aux partis fondés sur des lignes de clivage exclusivement communautaires ou dont la composition est unicommunautaire. L’habitat et le déplacement 77 - La mixité communautaire dans plusieurs quartiers de résidence. 78 - La sécurité psychologique dans le lieu d’habitat dans différentes régions. 79 - Le degré de retour des Libanais à la mixité communautaire dans l’habitat (les déplacés). 80 - Les déplacements entre les régions. Famille 81 - L’image de la femme chez les différentes communautés. 82 - L’échange de visite entre les Libanais de différentes régions. 83 - Le contenu valoriel dans l’éducation familiale. 84 - La diversité dans l’appellation des enfants. 85 - Les mariages mixtes et les facilités légales pour les mariages mixtes. Information 86 - Les valeurs diffusées par les médias, surtout en ce qui concerne la tolérance et la solidarité. 87 - L’audimat multicommunautaire des divers médias.
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