Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

Quand le stress combat la mémoire

Les générations précédentes avaient une mémoire sensiblement meilleure que la nôtre. Les «lettrés» de l’époque étaient capables d’égrener des centaines de vers, à la demande, retenaient les dates historiques ou familiales jusqu’à un âge avancé, capables de raconter jusqu’aux plus insignifiants détails d’événements survenus à plusieurs dizaines d’années auparavant. Aujourd’hui, une personne sur trois se plaint de déficiences de sa mémoire. Dans une existence où on doit tout mémoriser – du code de sa serrure à ceux ayant trait à ses finances, ses relations, jusqu’à l’entrée de sa propre maison – les ratés du souvenir deviennent une véritable infirmité. La gravité du problème n’a pas échappé à la recherche internationale. Des expériences menées en laboratoire ont démontré qu’en cas de stress, un mécanisme chimique bloque l’entrée aux souvenirs précis. Cette inhibition entraîne un délai allongé de l’analyse, par le cerveau, du message chimique reçu. Les expériences ont été réalisées sur des rats de laboratoire. Mais tous les cerveaux, qu’ils soient d’humains ou d’animaux, fonctionnent grâce aux mêmes mécanismes. Ce sont les niveaux d’abstraction qui diffèrent entre les deux espèces. À l’heure actuelle, des essais sont poursuivis dans divers centres afin de vérifier et évaluer dans quelle mesure le stress, si intimement lié à la vie actuelle, affecte la mémoire humaine. Le compte rendu d’une de ces expériences, ayant eu lieu à l’Université d’Irvine (Californie) sous la direction du Pr D. de Quervain, a été rapporté par la revue Nature. L’expérience portait sur deux groupes de 12 rats de laboratoire entraînés à trouver leur nourriture, placée sur une petite plate-forme fixée dans un réservoir rempli d’eau à 27°. Une moyenne de quatre tentatives ont suffi pour que tous les animaux puissent atteindre à la nage l’emplacement indiqué, et avoir ainsi droit à leur ration. Les rats d’un des deux groupes, quelque temps plus tard, recevaient, avant leur mise à l’eau, une brève décharge électrique, non douloureuse, trois jours de suite: le premier jour, 2 minutes avant leur immersion, le second 30 minutes et le troisième quatre heures avant l’expérience. Le second groupe était totalement exempt de cette épreuve. L’expérience a montré que le stress provoqué par la décharge électrique expérimentale retardait chez les animaux la découverte de l’emplacement de la plate-forme, contrairement à l’autre groupe qui retrouvait sa nourriture sans difficulté, terminant son repas bien avant l’arrivée des autres. Pour les spécialistes, l’accès à la mémoire des cobayes s’était bloqué par le stress, entraîné par l’épreuve de la décharge électrique. La vulnérabilité des fonctions cognitives De nombreuses expériences entreprises autant chez l’homme que chez l’animal démontrent clairement la vulnérabilité des fonctions cognitives à certaines hormones. En particulier celles sécrétées par les glandes surrénales (glucocorticoïdes). L’expérience américaine a démontré que le stress peut affecter l’accès au souvenir, de manière durable, à travers les hormones corticoïdes dont il provoque la sécrétion. Quatre heures, en effet, après la dernière expérience, les rats éprouvaient de la difficulté à retrouver l’emplacement de la plate-forme. En errant un peu au hasard dans le bassin, ils témoignaient d’une même défaillance de leur mémoire que celle éprouvée à la suite de la première et de la seconde expérience, cette fois-ci quatre heures plus tard. Les effets retard Le stress est à l’origine d’une succession d’événements biologiques qui expliquent ce phénomène: libération en quantités importantes d’adrénaline et de noradrénaline, éliminées en deux minutes, mais suivies de toute une série d’autres substances, telles que des dérivés de la cortisone, libérés simultanément dans le sang sous l’effet du stress. C’est ce pic hormonal qui affecte le rappel de l’information dans le cerveau. Les recherches mettent en évidence que c’est l’accès à l’information qui est bloqué, sans que la trace du souvenir soit atteinte. C’est sa disponibilité à l’appel qui se trouve perturbée par les hormones libérées par le stress. En conclusion, quelle que soit l’explication, l’effet autant des corticoïdes que du stress est très négatif sur la mémoire. Il a déjà été prouvé, à plusieurs reprises, que les fluctuations des performances cognitives et de la mémoires chez l’être humain, au cours de la journée, sont parallèles aux variations qu’accusent les concentrations des stéroïdes naturels dans le sang. Se trouver soumis durant une longue période au stress, qu’il soit professionnel, social ou autre, peut, selon les chercheurs, inhiber l’accès à la banque de données gérée par la mémoire. Les traitements au long cours à base de corticoïdes agissent de la même manière. Et ce fait concerne autant les animaux que les êtres humains.
Les générations précédentes avaient une mémoire sensiblement meilleure que la nôtre. Les «lettrés» de l’époque étaient capables d’égrener des centaines de vers, à la demande, retenaient les dates historiques ou familiales jusqu’à un âge avancé, capables de raconter jusqu’aux plus insignifiants détails d’événements survenus à plusieurs dizaines d’années auparavant. Aujourd’hui, une personne sur trois se plaint de déficiences de sa mémoire. Dans une existence où on doit tout mémoriser – du code de sa serrure à ceux ayant trait à ses finances, ses relations, jusqu’à l’entrée de sa propre maison – les ratés du souvenir deviennent une véritable infirmité. La gravité du problème n’a pas échappé à la recherche internationale. Des expériences menées en laboratoire ont démontré...