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Actualités - Biographies

Un subtil croisement de colombe et de faucon(photo)

L’ancien général Ehud Barak, qui ne se prive pas de faire valoir qu’il est l’officier le plus décoré d’Israël, est un subtil croisement de colombe et de faucon. Il incarne aux yeux d’une majorité de l’opinion israélienne et mondiale les chances de relance des efforts de paix avec les Palestiniens, les Syriens et les Libanais après trois ans de surplace sous le règne de son rival Benjamin Netanyahu. Mais, à l’image de son père spirituel Yitzhak Rabin, son curriculum vitae d’ancien baroudeur et chef de l’armée le met à l’abri de tout soupçon de capitulation devant le terrorisme arabe. «Personne ne m’enseignera ce qu’est la sécurité, la lutte contre le terrorisme, pas même l’officier de réserve Netanyahu», affirmait-il dès le 13 janvier, avant même que la campagne électorale israélienne batte son plein. Aussi, en insinuant tous ces derniers mois que le retour au pouvoir des travaillistes sous la houlette de Barak signifierait un affaiblissement de la sécurité d’Israël, le chef du Likoud a-t-il sans doute commis une erreur de stratégie électorale. Ehud Barak, un sabra né il y a 57 ans dans un kibboutz fondé par sa famille dans le centre d’Israël, a fait l’essentiel de sa carrière au sein de Tsahal, où il s’est engagé à l’âge de 17 ans pour ne la quitter qu’il y a quatre ans. C’est pour rejoindre l’aventure pacifiste de Rabin, son lointain prédécesseur à la tête de l’armée, que ce diplômé de physique de l’université américaine de Stanford et pianiste talentueux à ses heures perdues s’est lancé en politique. Successeur de Shimon Pérès à la tête du Parti travailliste après la victoire d’un cheveu de Netanyahu sur ce dernier, il y a trois ans, Barak semble avoir entamé une carrière politique aussi brillante que l’ont été ses états de service militaires. Il occupe brièvement le portefeuille de l’Intérieur dans le gouvernement Rabin avant que l’assassinat de ce dernier par un jeune extrémiste juif, en novembre 1995, ne l’amène à reprendre le ministère des Affaires étrangères qu’abandonne Shimon Pérès pour succéder au défunt. Dangereux pacifiste ? Le pari raté de Pérès d’anticiper alors les élections législatives pour profiter du surcroît de popularité des travaillistes qui a suivi l’assassinat de Rabin propulse Barak plus tôt qu’il n’aurait pu le prévoir lui-même à la tête du Parti travailliste. Cette victoire inattendue de Netanyahu, avec moins de 30 000 voix d’avance, n’était pas due au talent particulier du chef du Likoud, mais plutôt à un excès de confiance des travaillistes, expliquera plus tard Barak. Il ajoutait alors que, lorsque son tour viendrait, il mènerait une campagne incisive qui ne laisserait aucune chance à Netanyahu. C’est exactement ce qu’il a fait, en «ciblant» implacablement les défauts de son adversaire et les faiblessses de sa politique, en insistant plus particulièrement sur la montée du chômage. Après avoir démarré la campagne au coude à coude avec Bibi dans les sondages, il s’en détachera irrémédiablement pour atteindre un score de 52 % à 55 % des intentions de vote à la veille du scrutin, ralliant même à son parti une frange de l’électorat sépharade déshérité habituellement fidèle au Likoud. Paradoxalement, cette élection si cruciale pour le processus de paix israélo-arabe, en panne depuis trois ans, n’a pas donné lieu à un véritable débat électoral sur ce sujet qui préoccupe sérieusement les voisins de l’État juif, mais aussi toute la communauté internationale. Prudent, Barak s’est gardé de fournir à son adversaire des cartouches qui lui permettraient de le dénoncer comme un dangereux pacifiste, une accusation qui fait toujours mouche dans une opinion ultrasensibilisée par les attentats des extrémistes palestiniens des dernières années. Barak, qui, comme la majorité de ses compatriotes, pense inévitable l’avènement d’un État palestinien, n’est d’ailleurs pas un dangereux pacifiste. «Peu importe l’appellation que se donneront les Palestiniens», car, a-t-il assuré il y a dix jours encore, «je ferai en sorte qu’ils ne puissent rien faire qui menace Israël ou viole les accords conclus». Terroriste palestinien manqué ? La différence de la politique qu’il mènera dès lors vis-à-vis des partenaires arabes d’Israël – Palestiniens, mais aussi Syriens et Libanais – tient surtout à ce que, a-t-il encore confié, il fera preuve, lui, de «bonne foi, sérieux et engagement». L’ironie de l’histoire veut que Netanyahu ait servi sous le commandement de Barak dans l’unité de commando qui a mené l’une des opérations les plus légendaires de l’armée israélienne, un assaut réussi contre des pirates de l’air palestiniens qui retenaient en otage les passagers d’un avion de la Sabena en 1972 à l’aéroport de Tel-Aviv. A l’actif de Barak le baroudeur, figure également un raid clandestin à Beyrouth, où le futur leader du Parti travailliste, déguisé en femme arabe, s’était infiltré en vue de l’assassinat de trois dirigeants palestiniens. S’il a dirigé la répression des troubles palestiniens à Gaza et en Cisjordanie dans les années 1990, il a aussi pris part aux négociations de 1994 pour la mise en œuvre sur le terrain de l’autonomie palestinienne prévue par les accords d’Oslo. Il a également participé aux négociations de paix avec la Syrie, interrompues peu avant l’arrivée de Netanyahu au pouvoir, et a promis de les relancer s’il accède à la présidence du Conseil israélienne. Lorsque Rabin a soumis un des accords intérimaires au Conseil des ministres en 1995, Barak fut en revanche l’un des seuls ministres à émettre des objections au nom de la sécurité d’Israël. Mais c’est aussi le même homme qui a déclaré, il y a un an, que s’il était né palestinien, il aurait rejoint un groupe «terroriste». Alors Barak est-il une colombe aux plumes de faucon ou bien l’inverse? Seul l’exercice du pouvoir le dira.
L’ancien général Ehud Barak, qui ne se prive pas de faire valoir qu’il est l’officier le plus décoré d’Israël, est un subtil croisement de colombe et de faucon. Il incarne aux yeux d’une majorité de l’opinion israélienne et mondiale les chances de relance des efforts de paix avec les Palestiniens, les Syriens et les Libanais après trois ans de surplace sous le règne de son rival Benjamin Netanyahu. Mais, à l’image de son père spirituel Yitzhak Rabin, son curriculum vitae d’ancien baroudeur et chef de l’armée le met à l’abri de tout soupçon de capitulation devant le terrorisme arabe. «Personne ne m’enseignera ce qu’est la sécurité, la lutte contre le terrorisme, pas même l’officier de réserve Netanyahu», affirmait-il dès le 13 janvier, avant même que la campagne électorale israélienne...