Les communistes, à l’origine de la procédure lancée à la Douma pour destituer Boris Eltsine, ont subi un échec cinglant alors qu’ils espéraient se venger d’un président qui n’a cessé de les combattre et de les humilier depuis la chute de l’URSS. Le bras de fer, qui a pris les dimensions d’une guerre entre le président russe et les communistes, a commencé voici presque une décennie. Boris Eltsine, ancien chef du Parti communiste (PC) pour la région de Moscou (1985-1987), est le premier dirigeant soviétique qui a publiquement déchiré en 1990 sa carte du parti, pour se démarquer de l’hégémonie de l’idéologie communiste. Président de la Russie soviétique, M. Eltsine est allé jusqu’à interdire le 24 août 1991, quatre mois avant la fin de l’URSS, les activités du PC qui revendiquait quelque 19 millions d’adhérents à la belle époque soviétique. Le premier pas vers la revanche n’est devenu possible qu’un an plus tard, lorsque la Cour constitutionnelle de Russie, saisie par les ex-responsables du PC, a décidé que l’interdiction du parti n’était «pas conforme à la loi». Quelques mois après, en mars 1993, l’opposition lance une procédure de destitution contre le président, en réaction à l’élargissement de ses pouvoirs. Cette première tentative, même si elle n’aboutit pas, va coûter cher aux députés. Six mois plus tard, Boris Eltsine proclame par décret la dissolution du Parlement, accusé de «bloquer toutes les décisions de l’exécutif». En décembre 1993, un Eltsine triomphant fait adopter par référendum une Constitution taillée sur mesure pour lui, donnant d’immenses pouvoirs au chef de l’État et réduisant la Douma (Chambre basse du Parlement) à un rôle de figuration. En juillet 1996, il est réélu président après avoir fait campagne sur le thème : «Moi ou le retour des rouges». Mais il doit cohabiter avec une Douma dominée par les communistes. Malgré ses vœux de réconciliation, il laisse échapper un jour : «La Douma, ce n’est rien, c’est un zéro!», après une tentative Parlementaire de contester son pouvoir. En avril 1998, le maître du Kremlin impose une nouvelle humiliation à la majorité communiste de la Douma : il nomme un jeune Premier ministre libéral, Sergueï Kirienko, contre l’avis des députés, et les oblige à voter son investiture en menaçant de dissoudre l’Assemblée. Un mois plus tard, les communistes lancent la procédure de dissolution actuelle. Cette fois-ci, les communistes laissent parler leur cœur et instruisent cinq charges contre lui : dissolution de l’URSS en 1991, «génocide» du peuple russe, destruction de l’armée et du complexe militaro-industriel, assaut armé contre le Parlement en 1993 et déclenchement de la guerre de Tchétchénie en 1994. En septembre dernier, le PC et ses alliés avaient remporté une bataille en réussissant à imposer à Eltsine l’ancien apparatchik soviétique Evgueni Primakov au poste de Premier ministre. Mais mercredi, Boris Eltsine a évincé brutalement M. Primakov en l’accusant d’immobilisme en matière économique. Son geste a été interprété comme un coup de semonce à l’adresse des députés juste avant le vote sur sa propre destitution.
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